10 Mars 2017
42717 visites
Ecologie

Nouvel arrêté de dragage: du tout bon pour nos plages !

Nouvel arrêté de dragage: un grand pas pour l’écologique des plages et de l’estuaire de l’Adour!

Le nouvel arrêté inter-préfectoral sur le protocole de dragage de l’estuaire de l’Adour est ENFIN sorti! OUF! Il aura fallu pas moins de trois ans pour que son élaboration définitive aboutisse, avec des demandes d’études complémentaires et encore des études complémentaires.

 

 

 

une enquête publique très riche, une consultation des communes et des institutions en rapport avec la problématique pour arriver à cette nouvelle mouture très détaillée de 15 pages. Pour rappel, le précédent arrêté inter-préfectoral de dragage de 2004, à l’époque où l’Etat était encore propriétaire du port de Bayonne et responsable du maintien des profondeurs, faisait en tout et pour tout 7 pages! 

 

Il était assez succinct et de ce fait, livrait une souplesse discutable. Depuis 2009, c’est la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bayonne Pays Basque (CCI PB) qui est en charge des opérations dans le cadre d’une délégation de service public confiée par la Région Aquitaine. Le nouvel arrêté s’impose à elle dans un cadre législatif plus précis et plus transparent. Il répond aux enjeux économiques en relation avec le clapage côtier dans la lutte contre l’érosion artificielle des plages d’Anglet, tout en respectant le bon suivi de la qualité des eaux de baignade. Il lui demande aussi l’abandon progressif de la zone d’immersion interne, qui participe au déclassement de la masse d’eau Adour aval et constitue une pratique qui nous semble totalement aberrante à la vue des enjeux environnementaux.

 

 Cette anomalie, que nous avions révélée au commissaire enquêteur le 22 mars 2016, n’a pas été relevé par le conseil municipal d’Anglet à la vue du registre des délibérations du 29/02/2016 (voir question 32) Aussi, elle renforce une nouvelle fois la légitimité de notre travail associatif. C’est donc une victoire de plus pour les défenseurs du littoral que nous sommes, une victoire de fond pour l’avenir de l’estuaire de l’Adour et des plages qui le bordent!

 


Il y a encore quatre ans, nous levions une pétition pour empêcher la vente des sables dragués à l’embouchure de l’Adour, sables provenant des plages d’Anglet. Il nous semblait que nos élus marchaient sur la têtes. Nous avons eu gain de cause. Puis nous avons milité pour une drague à demeure, afin de stopper l’hémorragie des sables angloys liée aux mauvaises activités de dragage, créant une érosion littorale sans précédent pour les activités nautiques et les bains de mer

 

… La drague Hondarra est arrivée en Septembre 2016, et avec l’aide de l’équipe municipale de l’époque, elle a pu répondre à cette mission de préservation du littoral. Enfin, nous avons pris la problématique des plages d’Anglet dans son ensemble avec l’étude du futur arrêté de dragage de l’estuaire de l’Adour, en apportant notre expertise et nos inquiétudes à l’enquête publique, notamment sur les possibles atteintes environnementales de la faune, de la flore et des plages. Aujourd’hui, l’état nous a entendu, car tout en conservant les missions de la drague, il a saisi l’opportunité de piloter ces activités avec des experts vers les objectifs du SDAGE Adour-Garonne et du SAGE Adour aval, dans un but d’atteindre un bon état écologique d’ici 2027. Les temps ont bien changé!

 

 

Et demain, quel avenir pour les plages d’Anglet? Il reste encore à trouver la solution pour stopper la fuite du sable angloy vers l’embouchure de l’Adour. Le commissaire enquêteur a recommandé un projet plus pérenne à moyen terme et a relancé l’idée d’une contre digue sud aussi longue que la digue du Boucau, afin de stopper les dragages à l’embouchure et donc des dépenses financières sans fin! Un autre projet aussi qui nous tient à cœur, c’est d’étudier la faisabilité de ramener sur la côte notre sable détenu au large depuis plus de 120 ans d’activité de dragage, pour diminuer le coût d’entretien des digues et permettre aux angloys et à l’activité touristique de renouer avec des pratiques balnéaires de qualité grâce au retour d’un profil de plage moins pentue…à suivre donc dans la prochaine décennie!

littoral-angloy-oea

Si vous souhaitez lire les conclusions de l’enquête publique sur l’arrêté de dragage ainsi que sur le rapport que nous avions remis au commissaire enquêteur en Mars 2016, vous pouvez les trouver ici. Sinon, voici une petite analyse du nouvel arrêté-inter-préfectoral-du-17-02-2017-dragage-Adour qui met en avant les éléments qui ont retenu notre attention:

 

1- Le contrôle des opérations et la qualité des sédiments prélevés :

La police de l’eau de la DDTM va être chargée de contrôler les bilans physico-chimiques, bactériologiques, bio sédimentaires et bathymétriques des activités de dragage. Des tests complémentaires devront lui être présentés lorsque la norme N1 des échantillons prélevés sur site sera dépassée, au vu de l’Article 2 de l’Arrêté du 9 août 2006 relevant respectivement des rubriques 2.2.3.0, 4.1.3.0 et 3.2.1.0 de la nomenclature annexée à l’article R. 214-1 du code de l’environnement relatif aux niveaux à prendre en compte lors d’une analyse de rejets dans les eaux de surface ou de sédiments marins ou estuariens et devra donner son accord pour la suite des opérations. Fini donc les résultats poolés!  Une immersion des sédiments sera possible que si l’innocuité pour le milieu aquatique aura été démontrée… Si les matériaux sont au dessus de la norme N2, (et il y a fort à parier que cela arrivera), les sédiments ne pourront être ni dragués, ni immergés.(Art 5 et 7.1)

 

 

En conséquent, la CCI BPB devra faire une étude de faisabilité technique, juridique et financière sur le traitement à terre des sédiments pollués, achevée au plus tard dans 3 ans. (Art. 8.2) Cette disposition fait écho à l’article 19 bis pour l’économie bleue qui annonce qu’à partir du 1er janvier 2020, le rejet en mer de boues de dragage polluées sera interdit. Une filière de traitement de boue et de récupération des macro-déchets associée sera mise en place. Le suivi des impacts de dragages contrôlé et poussé permettra de mieux connaitre notre estuaire en approfondissant les origines des contaminants et de ceux qui tirent vers le bas la qualité écologique du système.

 

 

La DTTM pourra réaliser des contrôles inopinés au frais du pétitionnaire sur les activités de dragage. (Art. 12)

Chaque année, un bilan précis des activités de dragage devra être fourni à la DDTM et, dans cinq ans, un bilan à mi-parcours devra être présenté au comité de suivi. Ce comité de suivi est composé de six membres d’origines différentes. Il se réunit au moins une fois par an pour faire une analyse de la situation, ce qui semble être un gage de sûreté. Ce comité se compose d’un représentant de la CCI BPB, porteuse du projet, d’un représentant de la DDTM qui effectue les contrôles, d’un représentant du Sage Adour aval, d’un représentant de l’ONEMA, d’un représentant de l’Ifremer et d’un membre de l’ARS. Il pourra être complété par la venue de spécialistes si nécessaire. (Art. 10)  Il sera intéressant d’y voir à occasion un ingénieur du BRGM pour tout ce qui touche aux ressources sédimentaires portées par le fleuve et la dérive littorale, en lien avec l’érosion estuarienne et littorale du bassin Adour. Le but de ce comité est de piloter le pétitionnaire vers de bonnes pratiques de dragage.

 

 

Le pétitionnaire doit fournir une modélisation de l’impact bactériologique des clapages dans la zone du large avant le 15 04 2017. (Art. 6.2)

arrete-17-02-2017

Zones homogènes de dragage et zones d’immersion. (extrait arrêté inter-préfectoral)


 

2- Volumes des sédiments dragués par la drague:

On ne connait pas exactement aujourd’hui les quantités de sédiment produits par le fleuve mais, pour l’instant, l’Etat ne fait aucune restriction sur les volumes de sédiment dragués dans l’estuaire de l’Adour. Pourtantil y a eu une augmentation de 260% des volumes dragués autorisés entre 2004 et 2016… (art. 2) Il existe donc un risque réel d’érosion artificielle des berges et des zones estuariennes non draguées. Cette augmentation expliquerait les érosions constatées au niveau de la capitainerie du port, au pied des arcades du Brise-lame, sur les berges de l’ancien camping d’Anglet, sur les piles des ponts de Bayonne, mais aussi plus en amont dans le fleuve. L’arrêté a quand même le mérite de borner ces opérations avec des relevés bathymétriques mensuels sur les zones dragués pour éviter les excès. Une étude est en cours afin de savoir quelle est l’évolution morpho-sédimentaires de l’estuaire du fleuve. (Annexe 3 de l’arrêté)

 

Les dragages par aspiration à l’élinde seront stoppés durant les mois de décembre à mars, sauf en cas d’urgences déclarées et justifiées à la police de l’eau. (Art. 2) Le but est de respecter la migration de la civelle durant cette période, espèce aujourd’hui en déclin.

Les dragages à la benne seront possibles toute l’année pour les zones allant de 5 à 10.(Art. 3)

 

Les clapages côtiers seront étendus de 500 mètres vers nord de la madrague, portant les nouvelles limites devant la plage de l’océan. Ils seront possibles entre le 15 mai et le 30 juin avec les matériaux de la sous-zone 1B et 1C  ce qui reste une faible restriction et ne mets pas en péril le partenariat de 100% de clapage des sables de l’embouchure devant les plages d’Anglet. En revanche, des analyses bactériologiques devront être effectuées tous les mois durant cette période sur les sables dragués. Les autres mois de l’année, hormis juillet et août où la drague est à l’arrêt, il n’y a aucune restriction de sous-zone, les opérations peuvent se dérouler normalement. (Art. 4)

 

 

Les clapages en zone interne, que nous avons tant décriés, participent au déclassement écologique de la masse d’eau Adour-aval. Ils sont limités à 50 000 m3/an ce qui reste beaucoup. Mais ils devront être exceptionnels, uniquement réalisés avec des matériaux des zones 4 bis et zone 8 entre le 01/10 et le 14/05 dans des conditions très spécifiques. Ils seront déclarés et justifiés à chaque fois à la police de l’eau. A moyen terme, une solution alternative devra être étudiée avec le comité de suivi pour que cette zone soit définitivement abandonnée. (Art. 4; 6.4; 8.3)

 

 

L’embouchure de l’Adour va faire l’objet d’un suivi bathymétrique dans son ensemble, avec des relevés des profondeurs sur les plages d’Anglet, à l’embouchure, mais aussi au large et sur les plages de Tarnos. Le but est de mieux comprendre l’évolution sédimentaire littorale qui n’est pas claire aujourd’hui pour le port de Bayonne! (Art 7.3)

img_0032

Dragage à benne de la drague Hondarra sur la zone 8 en 2016.

 

 

 

3 –Etudes sur la masse biologique:

Il y aura un suivi bio-sédimentaire et bactériologique à partir de 2018 sur les macro-invertébrés benthiques. Il s’agit de tous les vers, crustacés et mollusques. (Art. 7.4)

Il y aura une étude sur le suivi de la faune piscicole aspirée par la drague (art. 8.4) et une participation financière à une étude piscicole estuarienne.

Il y aura d’ici 7 ans la mise en place de mesures compensatoires se traduisant par la restauration d’habitats estuariens par le porteur du projet. (annexe 4)

 

 

4- Transparence sur les activités du pétitionnaire:

Afin de prévenir les pratiquants d’activité nautique et par la même occasion, d’éviter les accidents, le bénéficiaire devra diffuser régulièrement des informations sur les opérations de dragage/clapage au moyen d’un site internet, en précisant les zones de travail, les mouvements de la drague et peut être même les levées topographiques du littoral et la qualité des matériaux clapées sur la côte.(6.5)

Le bilan annuel des activités de dragage ainsi que les études qui auront été réalisées devront être présentés au Sage-Adour aval et au S3PI de Bayonne dans lequel siège neuf associations. Cela sera l’occasion de faire le point avec ceux qui œuvrent pour la préservation de l’estuaire de l’Adour.

L’équipe SoSLa

25-04-2016

La drague Hondarra dans le lointain, vue depuis l’Atalaye à Biarritz,  réalise un clapage côtier devant les plages d’Anglet en 2016.

 


Bacalao
Anglet Surf Info - Ecologie