23 Mai 2014
77356 visites
Ecologie

Dragage du printemps ou ingérence sableuse

Nouvel échec de la politique de clapage côtier du port de Bayonne: Sur 406 873 mètres cubes de sable fin angloy dragués à l'entrée de l'Adour, 269 868 mètres cubes ont été perdus définitivement pour le littoral en seulement trois semaines

 

 

 

 

 

 

 

l'équivalent de 2 fois le volume de la grande plage de Biarritz. Après la gifle littorale provoquée par cet hiver exceptionnel, la drague Pallieter est venue affliger une nouvelle érosion au littoral Angloy en lui subtilisant une partie de son sable fin si précieux pour protéger ses rivages des assauts de l'océan: c'est vraiment DRAMATIQUE!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Palletier de Babinfo pays basque

Voici la drague Pallieter, à l'origine du nouveau déficit sédimentaire des plages d'Anglet. Photo Babinfo Pays Basque

 

Nouvel échec de la politique de clapage côtier du port de Bayonne: Sur 406 873 mètres cubes de sable fin angloy dragués à l'entrée de l'Adour, 269 868 mètres cubes ont été perdus définitivement pour le littoral en seulement trois semaines l'équivalent de 2 fois le volume de la grande plage de Biarritz. Après la gifle littorale provoquée par cet hiver exceptionnel, la drague Pallieter est venue affliger une nouvelle érosion au littoral Angloy en lui subtilisant une partie de son sable fin si précieux pour protéger ses rivages des assauts de l'océan: c'est vraiment DRAMATIQUE!

 

- Durant cette campagne, la drague Pallieter a été bien plus dévastatrice que les tempêtes Christine & Hercules réunies! Pourquoi? Que s'est-il réellement passé sous l'eau?

dragage embouchure de l'adour

Voici un schéma qui répond à ces questions: en fait, la drague a pompé le sable marin situé devant la plage de la Barre, près de la côte. Cette disparition de sable angloy provoque un effondrement des petits fonds se traduisant par une érosion des plages les plus proches. A moyen terme, ceux sont les plages des Cavaliers, des Dunes ou de l'Océan qui en font les frais "par effet de vases communicants" puis le sud du littoral avec l'apparition d'une forte pente! (Image issue du documentaire:"le Sable, enquête sur une disparition")

 

- Plusieurs d'entre vous nous ont signalé ne pas comprendre pourquoi la drague Pallieter clapait au large le sable dragué à l'embouchure, alors que la houle devant les plages était inférieure à un mètre? C'est vrai ça, POURQUOI?

 

Exemple d'un cas concret observé parmi tant d'autres lors de cette campagne:

suivi drague du 11 avril 2014 photo Marine traffic

 

Report du 11 avril 2014 photo ASI

Première photo: relevé du déplacement de la drague Pallieter en activité à l'entrée de l'Adour sur 24 heures dans la même période. Aucun clapage côtier n'est réalisé sur les six chargements de sable fin faits à l'entrée de l'Adour...On note juste une manœuvre bizarre devant le nord des plages?
Deuxième photo: relevé météorologique de Anglet Surf Info du vendredi 11 Avril au petit matin.
Pourquoi, alors qu'il n'y a pas de houle, la drague Pallieter va claper au large le sable fin pris à l'entrée de l'Adour????

 

- Voici un élément d'information qui va apporter des réponses:

Il s'agit de l'appel d'offre lancé par la CCI Bayonne sur le maintien des profondeurs de l'embouchure de l'Adour concernant les 3 prochaines campagnes de dragage Printemps-Automne 2014 et Printemps 2015, publié durant l'été 2013. Il va totalement dans le sens de ce que nous avons observé ces derniers jours:
A aucun moment n'est mentionné l’intérêt, le devoir ou l'obligation de faire "du clapage côtier"! Ce terme n'est d’ailleurs jamais employé? Rien ne contraint la compagnie de dragage, même si les conditions le permettent, de ramener le sable fin sur la côte Angloye et ce, malgré une convention tripartite signée entre la CCI BPB, l'agglo et la ville d'Anglet depuis 2010. On comprend vite qu'il s'agit là d'un accord oral et non écrit qui ne tient qu'au bon vouloir du capitaine du navire, puisqu'il est "seul maître à bord". Force est de constater qu'il était particulièrement mal luné... Pourtant la tâche était d'une IMPORTANCE CAPITALE suite à cet hiver exceptionnel. La priorité de la problématique Angloye a été une nouvelle fois reléguée au deuxième plan!!!
Il est très probable que les responsables qui gèrent ces activités doivent penser qu'ils nous rendent service quand la drague nous ramènent le sable devant les plages, un service qui plus est payant et dont le coût vient encore d'augmenter en 2014 puisque la ville d'Anglet contribue financièrement depuis 2010 au retour de son sable...


 

dragage embouchure de l'adour

Extrait de l'appel d'offre publié durant l'été 2013. Rien ne fait allusion, ni de près ni de loin, à la nécessité de faire du clapage côtier. Cliquez sur l'image pour lire l'appel d'offre publié durant l'été 2013.


 

- Alors nous allons faire une mise au point en faisant un petit rappel des FAITS HISTORIQUES afin de savoir à qui revient LA RESPONSABILITÉ de la perte de ce sable et l'érosion qui en découle:

 

- Depuis 1578, c'est à dire depuis au moins le détournement de l'Adour, la côte angloye à la particularité singulière de GAGNER PLUSIEURS MÈTRES PAR AN sur l'océan et ce, jusqu'à que la CCI de Bayonne récupère la gestion du port de Bayonne en 1887. Les contributeurs naturels en sable sont, à cette époque, la dérive littorale nord-sud et le fleuve Adour qui charrie les sables provenant des monts pyrénéens.

historique du trait de côte de la barre

 

Extrait officiel des relevés établis par les ingénieurs des Ponts et Chaussés entre 1700 et 1869: les tracés colorés et datés correspondent aux différents traits de côte relevés à l'embouchure de l'Adour. On voit nettement sur ce plan que la terre gagne sur la mer autant au nord qu'au sud de la sortie du fleuve à un rythme moyen de 3.5 mètre/an et ce, pendant les 170 années étudiées. (Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime).


- En 1896, après avoir formulée sa demande à l'Etat, la CCI de Bayonne obtient l'autorisation de pratiquer le dragage continue de la barre de l'Adour et en retire chaque année 350 000 mètres cubes de sable. Dès lors, les sondages du service hydrographique de la Marine constatent une inversion de l'évolution des profondeurs de la côte Angloye et ce durant les décennies qui suivent. Les Ponts et Chaussées, de leur côté, feront le même constat avec l'amorce d'un recul du trait de côte angloy...

 

- En 1966, la fin de la construction de la grande digue du Boucau est synonyme d'accélération de l'érosion de la côte Angloye. En effet, les volumes de sable dragués à l'entrée de l'Adour sont multipliés par deux, avoisinant ainsi les 700 000 m3 par an soit l'équivalent à 2 fois le volume de la tour Montparnasse. Le littoral angloy, qui devient avec cette nouvelle digue l'unique contributeur en sable fin dragué à l'entrée de l'Adour, recule alors par dizaines de mètres tous les ans! Les propriétaires privés du front de mer, dont fait partie la société foncière de Biarritz Anglet, perdent des surfaces de terrain considérables et intentent un procès contre l'Etat, alors propriétaire du port de Bayonne et de la fameuse digue construite à l'embouchure du fleuve.

 

- Le 18 Novembre 1974, le tribunal administratif de Bayonne rend son verdict. Il tient l'Etat responsable de 80% des pertes des terrains de la société foncière Biarritz Anglet, causées par la construction de la grande digue du Boucau et par le dragage intensif de l'embouchure du fleuve... Aussitôt, le domaine publique maritime prend à sa charge la problématique en faisant arrêter les extractions littorales de madrague qui ont lieu de chaque côté de l'embouchure de l'Adour, en construisant 6 épis sur la côte d'Angloye pour empêcher le sable fin de remonter vers l'entrée de l'Adour et en mettant en place un clapage côtier systématique et à ses frais pour ramener le sable angloy qui tombe dans le chenal.

 

19 novembre 1974 Journal Sud ouest

Extrait du journal Sud-ouest du 19 Novembre 1974, consultable aux archives de la Médiathèque de Bayonne et relatant la responsabilité et la condamnation de l'Etat suite à la construction de la grande digue et la pratique du dragage qui en découle.


 

Pour mieux appréhender cette condamnation, nous rappelons qu'il a été démontré à plusieurs reprises depuis les années soixante-dix que l'Adour ne produisait quasiment plus de sable c'est à dire moins de 25 000 m3 par an (Landouer, 1990, "Défense du littoral d'Anglet, Golfe de Gascogne, un exemple dans une zone à forte houle." A.I.P.C.N, Bulletin 1990, 71, 40-80)
Il a été également démontré que le sable provenant des Landes ne franchissait plus l'Adour puisque la grande digue s'impose comme un véritable rempart contre la dérive naturelle du sable. D'ailleurs, les plages de Tarnos, au nord immédiat de l'embouchure, gagnent toujours du terrain sur la mer depuis 1966...et ce malgré les extractions littorales intensives qui s'y sont pratiquées durant les années 60 et 70!

 

étude ifremer

 

Sur cette carte, établie par la Préfecture Région Aquitaine en 2001, qui s'intitule "Évolution moyenne du trait de côte entre 1966 et 1998", les plages au nord immédiat de l'embouchure ont gagné en moyenne entre 15 et 40 mètres, et ce malgré les grands années d'extractions littorales.

 

- En 2004, le clapage côtier est stoppé par la volonté du président de la communauté d'agglomération du BAB, ancien Maire de Biarritz, pour des suspicions de pollution jamais avérées...

- En Octobre 2010, le clapage côtier reprend avec une convention tripartie entre la CABAB, la ville d'Anglet et la CCI de Bayonne, concessionnaire du port depuis 2009. Mais la grande surprise, c'est que maintenant la ville d'Anglet doit payer pour qu'on lui ramène son sable???

 

- En Juin 2012, la CCI de Bayonne au lieu de se concentrer sur sa nouvelle mission de ramener un maximun de sable dragué sur les plages d'Anglet pour lutter contre l'érosion artificielle dont elle est à l'origine, répond à une demande d'une émanation de l'ACBA (ancienne CABAB), sans consulter la ville d'Anglet(????), pour un projet de mise à terre des sables Angloys à des fins non littorales.

 

- En Janvier 2014, l'achat d'une drague pour le port de Bayonne est signé par les différents partenaires dont la CCI de Bayonne, porteuse du projet, le conseil Régional Aquitain propriétaire du port de Bayonne, l'Agglomération Côte Basque Adour (ACBA) et la ville d'Anglet. Une nouvelle fois, les Angloys doivent payer le retour de leur sable retiré par les activités de dragage !


Alors riche de cette histoire locale, nous nous étonnons encore aujourd’hui de voir le Conseil Régional Aquitain et la CCI de Bayonne Pays Basque, ne pas prendre les dispositions nécessaires pour lutter contre cette érosion artificielle, voire même ne pas avoir anticipé la problématique avec ces trois futures campagnes de dragage en attendant l'arrivée de la nouvelle drague à demeure.

 

 

Nous constatons ainsi que les habitants d'Anglet sont victimes:

- d'un préjudice financier puisque la ville d'Anglet doit payer à la fois ses défenses littorales contre l'érosion artificielle et le retour de son sable aspiré à l'entrée de l'Adour par les activités de dragage.

 

- d'un préjudice moral qui touche tous les utilisateurs de ces plages puisqu'ils sont obligés de fréquenter d'autres rivages suite aux modifications drastiques du profil des plages. (granulométrie et pente des plages en cause).

 

- d'un préjudice vital puisqu’il a été reconnu par la mairie d'Anglet l'urgence de faire des modifications de l'estran des plages d'Anglet dans un soucis de sécurité des baigneurs, suite à la formation de pentes de plus de 14% sur certaines zones. Les angloys vont devoir une nouvelle fois payer ces travaux d'aménagement dont on comprend maintenant l'origine.

 

Nous tirons la sonnette d'alarme face à cette ingérence coûteuse que représente les activités de dragage et où le contribuable angloy n'est ici qu'une victime. Que vont faire les nouveaux élus de la ville d'Anglet et de l'agglomération face à la mise en lumière des conséquences néfastes que causent les activités portuaires au littoral Angloy?

 

L'équipe Sosla

littoral angloy 2002 ign

Voici une photo aérienne de l'IGN datant de 2002 (cliquez dessus pour un agrandissement). Mettez une règle sur le trait de côte landais (limite mer-plage), vous verrez que les plages au nord de l'embouchure n'ont pas bougé, voire se sont engraissées, alors qu'au sud de l'Adour, elles ont reculé d'une centaine de mètres suite à l'érosion artificielle qui a commencé en 1896...

 

*clapage: action de reverser le sable contenu dans le navire vers les fonds marins contrairement au dragage qui consiste à aspirer le sable des fonds marins vers l’intérieur du navire.

"clapage côtier": reverser le sable à proximité de la côte pour ré-ensabler les plages

 

Source SOS LITTORAL ANGLOY

 

Bacalao - Anglet Surf Info - Ecologie