27 Mars 2015
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Ecologie

Anglet, du sable plus qu'il n'en fallait - 2/6

II- Evolution de la côte angloye de 1578 à 1896:

D'après les recherches de F. Jaupart (3), la digue de Foix, d'une longueur de 290 mètres, est construite en 1578 au lieu dit "le Trossoat" à Boucau.

Elle fait barrage au fleuve en le rejetant vers la mer par un canal d'une longueur de 1800 mètres ouvert à l'ouest. La nouvelle embouchure se situe ainsi approximativement au niveau de la capitainerie actuelle.

 

 

 

A- Des cartes qui parlent:

1612 bis Médiathèque de Bayonne – domaine public

Peinture E: en 1612, Nicolas Flanbergue pose sur la toile la situation de l'embouchure du fleuve 33 ans après son détournement. L'ancien lit de l'Adour délimité d'un côté par la digue de Foix est proche de la nouvelle embouchure mais cette impression reste empirique.(21)


Après le détournement de l'Adour (peinture E), le transit du sable littoral s'accélère devant l'embouchure avec la formation d'un "by-pass" naturel(4). En effet, le courant de marée qui entre et sort tous les jours de l'estuaire augmente la vitesse de transfert du sable d'une rive à l'autre. De plus, les sables charriés par le fleuve viennent s'ajouter aux sables issus de la dérive littorale pour finir devant les plages d'Anglet et accélérer leur engraissement.

Carte estimée début 1700 Médiathèque de Bayonne

Carte F: extrait d'une carte issue des archives de la Médiathèque de Bayonne datant du début du 18 ème siècle et d'auteur inconnu.

 


La carte F des environs de Bayonne nous éclaire sur la situation de la côte début 1700. La Pointe Saint Martin, le cap "Jette chien" pour nommer la pointe rocheuse de la Chambre d’Amour et les plages du même nom sont déjà signalés en ces temps lointains. La forêt du Pignada et la Barre de l'Adour sont aussi représentés. La côte angloye semble plus reculée qu’actuellement surtout près de l'embouchure au nord. La marche progressive des sables venant des Landes a formé une presqu’île devant l'embouchure et a rejeté progressivement le fleuve en direction du sud ouest vers la Chambre d'Amour.(5)

Vers 1761, la carte G de J. N. Bellin fait un bond technique dans la qualité des relevés hydrographiques. Les ingénieurs ont pris le temps d'indiquer l'amplitude des marées sur la côte, en délimitant les marées basses des marées hautes. Ils ont dessiné aussi la sortie du "Barbot" sur la plage (flèche verte) et représenté la digue construite au bord du fleuve en 1732 pour redresser la sortie de l'Adour dans son axe initial ouest nord-ouest (flèche orange).

 

1762 Carte de Belin Archives numérique BNF

Carte G de J-N. BELLIN datant de 1762 et provenant des archives numériques de la Bibliothèque Nationale de France (BNF).

 


On note l'absence de plage à marée haute dans la baie de la Petite Chambre d’Amour(flèche bleue). Il en est de même pour la célèbre grotte qui semble avoir les pieds dans l'eau...(point rouge)

En 1826, les progrès en hydrographie sont considérables et les cartes de C.F. Beautemps-Beaupré, ingénieur de renom, s'imposent comme des références toujours utilisées aujourd'hui. Une chance pour nous qu'il ait eu la bonne idée de naviguer devant la côte angloye et de livrer son travail sur la carte suivante:

 

1826 carte de Beautemps-Beauprès zoom angloy

G: Carte particulière des côtes de France (environ de Bayonne) levée en 1826 par les ingénieurs hydrographes de la marine sous les ordres de Charles-François Beautemps-Beaupré, ingénieur hydrographe en chef (Archives numériques de la Bibliothèque Nationale de France)


 


La carte marine G de Beautemps-Beaupré reste fidèle à l'évolution de la côte angloye du début du 19 ème siècle. Quelques nouveaux détails sautent aux yeux comme l'apparition d'un grand lac au sud de l’embouchure (cercle orange), formant aujourd'hui les deux lacs du parc d'Izadia, et le lac de Chiberta situé plus dans les terres(cercle vert). Ils correspondent aux anciennes embouchures de l'Adour qui existaient au 18 ème siècle. L'avancée de la terre a donné naissance à des dunes littorales qui ont permis aux vignerons d’y planter de nouvelles vignes. On constate désormais qu'une grande partie du littoral s'aligne la fin de la côte Landaise. Les plages de la Chambre d'Amour(cercle bleu) sont encore en retrait. La baie de la petite Chambre d'Amour ainsi que sa grotte(point rouge) ne présentent toujours pas de plage à marée haute...

Vers 1890, la côte angloye semble avoir encore progressé sur la mer.

1890 carte révisée de Bernard St Jour

Carte H de Bernard Saint-Jours datée de 1890. (Archive BNF)

 


Sur la carte H, on s'aperçoit que la quasi totalité du littoral est devenu rectiligne. Seul subsiste une petite anomalie à l'embouchure avec la présence d'un énorme banc de sable en forme d'haricot, plage de la Barre.
L'apparition d'une route à la petite Chambre d’Amour signifie qu'en soixante ans, suffisamment de sable s'y est accumulé pour y permettre le passage des charrettes et des carrosses (flèche orange)! En 1867, l'ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées y signale la présence d'une dune sur laquelle pousse maintenant le fameux raisin(6). Enfin on voit, toujours au même endroit, la présence du premier établissement de bains construit en 1884. La grotte de la Chambre d'Amour signalée par le point rouge a désormais les pieds au sec...


En 1926, le syndicat d'initiative du pays basque publie une carte dont les relevés topographiques sont plus anciens et donnent une idée du maximum de terre gagné sur la mer à Anglet.

 

Carte de Bayonne-Anglet-Biarritz éditée en 1926 par le syndicat d'initiative de Bayonne

Carte I de la région du BAB éditée en 1926 par le syndicat d'initiative du Pays Basque de Bayonne. (Archives BNF)

 


Sur la carte I, l’hippodrome, construit au sud de l'embouchure au début des années 1870, semble finalement plus éloigné de la mer en 1926. Il y a même eu une extension derrière la tribune avec une cour avec des bâtiments spécialisés pour accueillir les chevaux (flèche orange).


Du côté de la Chambre d’Amour(flèche verte), la mer a abandonné la pointe rocheuse du même nom et n'est plus du tout cernée par les eaux à marée haute.....Bien que la côte soit déjà en érosion au moment de la levée de cette carte, elle n'en reste pas moins le témoin du maximum de terre gagné sur la mer depuis 7 000 ans!(*)


Alors que toute la côte aquitaine est entrée en érosion il y a environ 2000 ans, suite à l'épuisement des réserves sableuses, le littoral angloy, situé à la fin de la dérive littorale aquitaine, se présente comme un vrai paradoxe méridional!

Après ce petit survol en carte de la côte Angloye, nous analyserons plus en détail le phénomène d'engraissement des plages lors de notre prochain épisode, avec l'appui de constats précis d'ingénieurs renommés de l'époque.

 

L'équipe SoSLa

 

Bibliographie:

(*) Lire épisode 1 SoSLA: "Anglet: du sable plus qu'il-n'en fallait, la vraie histoire."
(3) F. Jaupart "L'embouchure de l'Adour et ses variations après le détournement" Soc. SC L.A. Bayonne
(4) Jean Dubranna, Thèse universitaire de génie civil 2007 "Etude des échanges sédimentaires entre l'embouchure de l'Adour et les plages adjacentes d'Anglet."
(5) Monsieur Vionnois, ingénieur des Ponts et Chaussées au service du port et faisant partie de la commission spéciale crée en 1837 chargé de rechercher les moyens d'améliorer l'entrée du port de Bayonne, Annales des Ponts et Chaussées, BNF, 1858 Histoire de l'Adour.
(6) L'ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées 1867, Aliénation d'une carrière par la commune d'Anglet Archive départementale de Pau, Fond de la préfecture Sous Série 4 S 202, Service Maritime.
(21) Nicolas Flanbergue, extrait de la la peinture de 1612, Archive Médiathèque de Bayonne.

 

Source : SOS LITTORAL ANGLOY

 

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