31 Octobre 2015
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Ecologie

Histoire du dragage à l'embouchure de l'Adour 2/4

Au début de 1946, la situation de la Barre est catastrophique car un haut fond est venu se reformer devant l'embouchure comme en 1892, et cela pose un véritable problème technique aux ingénieurs des Ponts et Chaussées pour rétablir le trafic maritime. La Bayonne est réparée et reprend le travail modestement.

 

 

 

A partir de 1947, et ce, pendant plusieurs années, la Bayonne I est suppléé par la drague aspiratrice en marche Ingénieur de Kerviler, qui vient du port autonome de Nantes tous les étés. Elle mesure 60 mètres de long pour 11 mètres de large, un tirant d'eau de 4.50 mètres avec un puits de 600 m3.

 

 

DEUXIÈME PARTIE (1945-1975): VERS PLUS D'EFFICACITÉ... ET PLUS D'ÉROSION!

 


La situation s'améliore grâce aussi à l'enlèvement d'épaves dans le chenal de l'embouchure. Mais les Ponts et Chaussées restent inquiets du risque de panne grandissant de la Bayonne I et de ses besoins de maintenance durant l'année. (4)

 

Embouchure Adour 1948 Archives Dep Bayonne

L'embouchure de l'Adour vers 1947-48. Les brisants, à la sortie du fleuve, forment un arc de cercle délimitant le banc de La Barre.(Archives départementale de Bayonne, Concession du port 2ETP4/ 383)

 


 

En 1948, une grosse partie des épaves gisant à l'entrée du port sont enlevées, ce qui facilite un peu plus le travail de dragage à l'embouchure. (4)

En 1953, le dragage peine à nouveau. Seulement 250 000 m3 de sable sont enlevés cette année là. Les agents des Ponts et Chaussées de Bayonne demandent à leur administration d'entrer en possession de la drague Ingénieur de Kerviler pour travailler toute l'année dans de bonnes conditions. Mais les finances de l'état ne sont pas là et il va falloir patienter. (8)

 

drague ingénieur de Kerviler 1950 Adour

La drague Ingénieur de Kerviler sortant de l'Adour, au début des années 50.

 

En 1955, le port de Nantes fait l'acquisition de La Sangsue, drague prise par la France aux Allemands au titre de dommage de guerre, construite en 1925 et cédée par les Ponts et Chaussées de Boulogne. Elle sera refondue en 1957 par les Ateliers et Chantiers Navals de Nantes. Il s'agit là d'une drague marine aspiratrice en marche et refouleuse qui mesure 69 mètres de long, par 11.30 mètres de large et 4.40 mètres de tirant d'eau en charge. Son moteur, issu d'un sous-marin allemand, lui procure une vitesse de 10 nœuds et son puits peut contenir 800 m³, soit deux fois plus que la Bayonne I. Après ce lifting, elle partagera son temps entre le port de Bayonne et le port de Nantes à 2/3 1/3! Elle donne de très bons résultats sur la Barre de l'Adour puisqu'elle est capable de travailler par trois mètres de houle et des courants traversiers de 5 nœuds. La Bayonne I prend alors un rôle secondaire et optimise les opérations.

 

 

La Bayonne I au début des 60

La Bayonne I de retour d'un clapage au large au début des années 60!

 

A partir de 1960, les besoins du port en matière de dragage vont grandissants avec la venue de bateaux toujours plus gros dont les tirants d'eau avoisinent désormais les 6 mètres à 6.5 mètres.

En 1961, les Ponts et Chaussées vont draguer 620 000 m3 de sable soit le double! Mais la Bayonne I n'est plus qu'une épave flottante que ses hommes font vivre miraculeusement, et la Sangsue a besoin de maintenances répétées puisqu'elle n'est pas de première jeunesse non plus! Ainsi, le port va devoir lever le pied en matière de dragage, en attendant l'arrivée imminente d'un projet de grande digue à l'embouchure. Étonnamment, c'est cette même année que l'on voit apparaître les premières attaques sérieuses du mur de soutien à la plage de la Chambre d'Amour.

 

 

La Sangsue à la barre1969

La Sangsue, à la fin des années 60, est en plein dragage en marche devant l'embouchure!

 

En 1963, le port de Bayonne acquiert définitivement la Sangsue pour assister la Bayonne I à l'année. Le 17 Juin de la même année, la Bayonne I manque d'exploser, en draguant une mine au niveau de la zone du Redon. Mais fort heureusement, l'objet retombe dans le fleuve sans se déclencher et c'est la Marine Nationale qui se charge de récupérer l'engin explosif. (9) Afin de répondre au mieux à l'exploitation du gisement de Lacq, les ingénieurs vont creuser le chenal et s'assurer d’un tirant d'eau à l'année pour la venue des gros cargos méthaniers. Ainsi, la future grande digue du Boucau, d'une longueur de 1200 mètres, doit résoudre les problèmes de maintien des profondeurs à l'embouchure. (5)

 

En 1965, la construction de la grande digue se termine après trois ans de travaux titanesques. La Barre du large n'existe plus car les apports en sable venant de la côte nord ont été coupés par l'édifice. Mais c'est avec surprise que la grande digue, par réfraction de la houle de Nord ouest, crée un contre courant venant du sud du littoral, et formant une flèche sableuse vers le chenal devant la plage de la Barre. Plus la houle est grosse, plus ce contre-courant est fort.(27) L'ensablement de l'embouchure est deux fois plus rapide qu'avant et résiste au travail des deux dragues à demeure! Selon un rapport du 11 Mars 1971 de l’ingénieur d'arrondissement de la DDE de Bayonne, une tempête de 4 à 5 jours est capable de pousser 50 à 100 000 m3 de sable dans le chenal(9), sable ne pouvant désormais venir que des plages d'Anglet.

 

En 1966, les Ponts et Chaussées de Bayonne font appel à une société de Travaux Public pour épauler La Sangsue et la Bayonne I. Mais cette société va essuyer un échec avec une drague défaillante sur la Barre de l'Adour. Les Ponts et Chaussées vont alors se tourner vers la société hollandaise "Bos et Kalis" qui possède un parc d'une dizaine de dragues. Des essais sont pratiqués dès Mai-Juin 1966 avec l’Alfons Franz, construite en 1955. C'est un succès! Cette drague qui mesure 71.35 mètres de long, pour 11,69 mètres de large et un tirant d'eau en charge de 4.85 mètres possède deux élindes. Une souple pour le dragage "à la traîne" comme la Sangsue et une rigide pour le dragage "en point fixe" comme la Bayonne I. Sa particularité est de posséder 2 hélices, 2 gouvernails, deux puissants moteurs diesels et deux pompes aspiratrices ce qui la rend très maniable et efficace. C'est donc une deux en un! Sa capacité de puits est de 1000 m3 environ et elle peut draguer jusqu'à 20 mètres de profondeur 24h/24h. De la bouche de l'ingénieur des Ponts et Chaussés de l'époque: "cette drague est magnifique" et de rajouter plus loin: "il y a autant de différence entre l'Alfons Franz et la Sangsue, qu'entre une Ferrari et une 2 CV"!(9) En effet, ils dragueront cette année là près de 715 000 m3 de sable à l'embouchure de l'Adour, soit le volume de deux tours Montparnasse, une première pour les plages d'Anglet, unique contributeur en sable depuis la construction de la grande digue. En juin de la même année, c'est le grand effondrement du mur de soutien devant la plage du Club à la Chambre d'Amour...

 

 

Alfons Franz Bayonne 1968 Mai AD64 ETP4/383

La drague Alfonz Franz et la plage de la Barre vue depuis la nouvelle digue du Boucau en 1966. (photo Archives départementales de Bayonne, Concession du port 2ETP4/383)

 

En 1967, la Direction Départementale de l'Equipement(DDE) est crée et reprend les attributions des services territoriaux des Ponts et Chaussées. Du 31 Mai au 22 Juillet, c'est la drague Pierre Henri Watier, du port autonome de Bordeaux, qui est envoyée. Ses dimensions sont de 89 mètres de long pour 15 mètres de large et 6 mètres de tirant avec un puits de 1 000 m3. Ses résultats sont moins bons que l'Alfons Franz car elle est trop grande et pas assez puissantes. Sa venue à Bayonne sera intéressante mais décevante. 832 000 mètres cube de sable seront quand même dragués cette année-là à l'embouchure de l’Adour! On vous laisse maintenant deviner qui est le contributeur en sable...

 

Entre le 18 décembre 1967 et le 29 Février 1968, c'est au tour de la drague René Siegfried du port autonome de Nantes de venir donner un coup de main. D'une longueur de 75.59 mètres, de 11.85 mètres de large et de 4.80 mètres de tirant d'eau, elle a une capacité exceptionnelle en puits de 1376 m3. 720 000 mètres cubes seront retirés de l'embouchure. On retrouve ainsi les moyennes des dragages de début du siècle!(voir première partie)

 

En 1970, la toute jeune WD Hoyle, de la société hollandaise "Bos et Kalis" qui possède les mêmes dimensions que l’Alfons Franz, va venir exécuter deux campagnes. Une durant l'hiver, et une autre durant l'été du 23 Juillet ou 28 Août! Il faut agrandir le chenal en urgence, gêné par l'épave du “Romulus“, navire coulé au bout de la grande digue du Boucau le 15 Décembre 1969. Mais elle éprouve des difficultés à draguer le banc sud de l'embouchure qui est très haut. Elle va s'échouer à sept reprises avant d'abandonner cette zone de travail. De plus, ce banc est encore constitué d'épaves datant de la fin de la deuxième guerre mondiale, ce qui ne facilite pas les opérations. Les trois dragues réunies, WD Hoyle, Bayonne I et Sangsue, arriveront quand même à réaliser un nouveau record d'extraction en sable depuis 1904, puisqu'elles enlèveront 1 250 000 m3 de l'embouchure cette année là... (10)

 

 

la sangsue fin des années 60

La sangsue rentre au port au début des années 70, bientôt la fin d'une longue mission?

 

En 1971, la société hollandaise envoie la drague WD WaterWay, d'une longueur de 75.59 mètres, de 11.85 mètres de largeur et 4.80 mètres de tirant d'eau. La capacité de son puits est de 1376 m3. Elle va permettre d’obtenir un chenal suffisamment profond livrant un accès au port à des navires de commerces de 150 à 160 mètres de long et 9 mètres de tirant d'eau.
La même année, la WD Hoyle va revenir pour la campagne de dragage de l'hiver 71-72. Mais les résultats montrent que la WD Waterway reste plus efficace et moins chère, notamment grâce à la capacité de son puits.

En 1972, la DDE de Bayonne obtient le feu vert pour trouver et acheter une nouvelle drague à demeure. Parmi les opportunités, la drague “WD Tradeway“, l'ancienne "Alfons Franz" construite en 1955 par les Hollandais, présente un bon rapport qualité prix pour une drague de 16 ans d'âge. Elle est idéale pour travailler à l'embouchure et rentre dans la forme de radoub du port pour son entretien.

En 1973, la DDE de Bayonne procède à l’acquisition de la “Tradeway“! Il s'agit là d'un achat de 10 000 000 de franc TTC de l'époque. C'est ainsi que le rêve de l'ingénieur des Ponts et Chaussées de 1966, qui l'avait trouvé magnifique, va se réaliser! Elle est attendue alors comme "le messie" titre le journal Sud ouest!

 

PROCHAIN EPISODE (1974-1991): DÉBUT DU CLAPAGE CÔTIER ET DÉCLIN DES DRAGUES A DEMEURE

 

L'équipe SoSLa

 

diagramme du dragage de 1896 à 1973

Durant cette période, 34 million de m3 de sable auront été arrachés du littoral par dragage soit l'équivalent de 97 tours Montparnasse...

 

 

Bibliographie:

(1) Anglet:du sable plus qu-il n'en fallait, la vraie histoire. SosLa
(2) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/376
(3) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 2/202
(4) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/379
(5) Archives nationales de Pierrefitte/Seine: Dragues Sangsue et Bayonne(1961 à 1965) 19770759/188, P.M. 454
(6) Archives départementales de Pau, fond de la préfecture sous Série 4 S 124, Service Maritime
(7) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/382
(8) Archives départementales de Bayonne, concession du port de Bayonne, 2 ETP 4/383
(9) Archives départementales de Bayonne, DDE64, 1792 W 49
(10) Archives départementales de Bayonne, DDE64, 1792 W 30
(26) Article SoSLa: L'embouchure de l'Adour: Pourquoi si peu de sable du coté des plages de Tarnos? (épisode 2)
(27) Jean Dubranna, Thèse universitaire de génie civil 2007 "Etude des échanges sédimentaires entre l'embouchure de l'Adour et les plages adjacentes d'Anglet."

 

 

 

 

 

 

 

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