22 Juillet 2018
1163 visites
Culture

Pour franchir la barre suivez nous ! épisode II

Multiplication des balises et début des signaux à l'embouchure de l'Adour (1696-1778)

 

 

 

 

 

 

 

A partir de 1696, les balises qui signalent le chenal de l’embouchure de l’Adour sont au nombre de trois. Elles sont notées par la lettre « d » sur le schéma suivant du génie militaire. A noter qu’un corps de garde (e) a été placé à proximité pour les surveiller, les entretenir ou les déplacer si besoin. Ce bâtiment a aussi pour rôle d’informer le receveur du port de tous les vaisseaux entrant ou sortant du port de Bayonne : ceux sont les prémices d’une capitainerie ! (4)

 

1696 ferry bis

Projet de ferry en 1696 copié par Bérard (6)

 

 

 

Le 14 Juillet 1718, le conseil de la ville de Bayonne propose de construire une tour près de l’embouchure du fleuve et d’entretenir à son sommet un feu et d’autres signaux. Mais cette idée restera au stade de projet ! (7)

En 1724, l’entrée de l’Adour se déplace vers le sud de la côte, le long des vignes d’Anglet pour sortir non loin de la grotte de la Chambre d’Amour ! A cette occasion, le conseil de la ville de Bayonne fait construire en urgence de nouvelles balises avec des pins trouvés non loin de là pour limiter le nombre de naufrages, les anciennes étant devenues obsolètes. (7)

En 1730, deux balises supplémentaires sont installées à l’extrême sud de la nouvelle embouchure pour marquer la nouvelle passe. (8)

En 1731, on ne compte pas moins de six balises pour signaler trois passes tellement l’embouchure de l’Adour est perturbée. Leschéma suivant rappelle les passes du bassin d’Arcachon d’aujourd’hui !

 

 

1731 bnf

En 1730, chaque chenal potentiel pour la navigation était signalé par un lot de 2 balises à terre qui donnait la trajectoire à suivre pour le franchissement de la Barre (9)

 

 

En 1733, une commission nommée par la Chambre de Commerce juge à nouveau nécessaire d’établir un feu sur un point élevé au plus près de la Barre pour que les navires puissent entrer de nuit. Cette commission choisit étonnamment la tour de l’Atalaye à Biarritz située à plus d’une lieue de l’embouchure ! Le feu y est allumé le 01 octobre 1739. Mais il se révéla peu efficace car on se rendit compte qu’il ne portait pas à plus de trois ou quatre lieux par beau temps et on estimait qu’il devait être vu à plus de six ou sept lieues pour être satisfaisant. Peu de temps après, le roi décida de le supprimer ! (4)

tour Atalaye

Photo de la tour de l’Atalaye début 1900 dont l’emplacement servit de feu de nuit pour aider les vaisseaux à franchir la barre de l’Adour vers 1739

 

 

A partir de 1740, on chercha une nouvelle fois à faire évoluer le balisage à l’embouchure de l’Adour. Cette fois-ci, une des deux balises présente jusqu’alors sur la dune littorale, fut déplacée sur le point le plus haut des environs, c’est à dire sur la dune de Blancpignon qui culmine à trente-trois mètres de hauteur. Cette balise qui dépassait largement les pins, améliora sensiblement l’approche des vaisseaux. Elle prit alors le nom de « balise orientale » ou « grande balise » (cercle orange) :

1740 Mediathèque de bayonne art

Voici le chemin de la passe donné par l’alignement des deux balises en Octobre 1740 (10)

 

Au même moment, un système de signaux est mis en place à terre pour communiquer avec les vaisseaux souhaitant franchir la Barre de l’Adour. Sur la balise la plus proche du rivage, appelée aussi « balise occidentale » ou « petite balise » (cercle bleu), est installé un grand pavillon à trois raies horizontales : rouge, blanche, bleue. Il s’agissait du pavillon dit « hollandais » à cause de sa ressemblance avec le drapeau de nationalité hollandaise ! Sa position était choisie en fonction de l’état de la mer : « Si le temps permet d’approcher la Barre, pour entrer, on mettra le pavillon en haut de la balise et si on juge que les navires ne peuvent pas entrer, on le hissera et puis immédiatement, on l’abaissera, afin que le navire s’éloigne de la côte. Si le pavillon n’est pas maintenu en haut de la balise, les navires ne devront pas s’approcher de la côte… » Les capitaines qui voudront entrer, devront prendre leur alignement sur les deux balises (cercles bleu et orange). Quand les navires seront dans le chenal, les capitaines régleront leur manœuvre en fonction des signaux donnés par le pilote major présent sur sa chaloupe à l’embouchure et si le temps ne permet pas à la chaloupe de sortir, le signal se fera depuis le grand quai sud. (4)

 

Jaupard/1743/MDB

La petite balise au pavillon hollandais est visible sur une dune littorale en 1743 (cercle bleu), ainsi que la maison du gardien pilote (cercle violet). Plus au nord, on aperçoit le quai d’où pouvait être émis les signaux en cas de grosse mer. (11)

 

En 1762, l’abbé Jean Joseph Expilli, observateur instruit, précise l’organisation des balises et des pilotes de l’Adour pour le franchissement de la Barre : « Les balises qui sont placées sur la grande dune, au-dessus de la digue neuve, marquent le milieu du passage et que toutes les fois que la Barre change, on change aussi les balises… Pour remédier aux difficultés, on a établi douze pilotes de la Barre. Ces pilotes ont chacun une chaloupe armée de huit hommes. Ils entrent ou ils sortent les vaisseaux qu’ils vont chercher quelques fois au-delà de la Barre et que d’autre fois ils attendent sur la Barre ou en dedans. Dans cette dernière position, les pilotes font un signe pour que le navire vienne jusqu’à eux. Le navire étant arrivé, on jette un grappin, un des Pilotes entre dedans et prend le gouvernail. Alors les chaloupes, au nombre de deux ou trois, remorquent le navire jusque d’en la rivière, et ne le quitte que lorsqu’il est hors de danger. Les pilotes de la Barre sortent les navires de la même manière et avec les mêmes précautions. Il y a un pilote major qui commande tous les pilotes de la Barre… Ces derniers demeurent à Bayonne ou aux environs : ils se trouvent toujours prêt au moindre signal ou lorsqu’ils aperçoivent quelques vaisseaux ! » (12)

 

barre3 la dours

Le pilote et son équipage partent depuis le quai sud de l’embouchure chercher un vaisseau qui franchit difficilement la Barre de l’Adour.  (13)

 

Prochain épisode: De la première tour des signaux au premier mât d’approche.

Episode précédent: Premières balises et prémices d’une réglementation à l’embouchure de l’Adour.

 

L’équipe SoSLa

Bibliographie:

(1) Gravure en aquatinte « Bayonne, vue de l’embouchure de l’Adour » de Paul Legrand, 1830.

(2) Maugier : « Les embouchures de l’Adour à Bayonne en 1578 » peinture produite en 1598, Archives Médiathèque de Bayonne, C124

(3) Peinture du « Plan de l’Adour depuis Dax et autres jusqu’au Boucau » fin 16 ème/ début 17 ème siècle, Archives Médiathèque de Bayonne.

(4) F. Jaupart: « L’embouchure de l’Adour et ses variation après le détournement, aux xviie et xviiie siècle » dans  le » IV centenaire du détournement de l’Adour » SSLAB, 1978, page 153

(5) Exposé George Strullu, Pilote de l’Adour, Adala: « Anglet et les pilotes de l’Adour »

(6) Bibliothèque du génie, ms 144 4°98 feuille 1.

(7) (Histoire militaire de Bayonne. De la mort d’Henri IV à la Révolution française, Blaÿ de Gaïx, Gabriel-François de (1848-1919)

(8)  Carte de la BNF « Plan du Cour de la Rivière de la Dour depuis St. Bernard jusqu’à Basse mer de la Coste » 1730.

(9) Carte de la BNF « Plan du Cour de la Rivière de la Dour depuis St. Bernard jusqu’à Basse mer de la Coste » 1731.

(10) Carte de Chaveneau: « Plan de la Barre de Bayonne » Octobre 1740, Archives médiathèque Bayonne, C127 FR.

(11) Cartes de l’embouchure de l’Adour, C1336, Fond Jaupard, Médiathèque de Bayonne.

(12) L’Abbé Jean Joseph Expilli: « Dictionnaire géographique, historique et politique des gaules et de la France » Tome 1, 1762, Paris.

(13) Extrait de « Vue de l’embouchure de l’Adour« , GARNERAY L. (1783 – 1857) Gravure  1830, 1ED98 Médiathèque Bayonne.