19 Juillet 2018
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Culture

Pour franchir la barre, suivez nous !

A l’occasion de la rénovation de la nouvelle capitainerie du port de Bayonne située au bord de l’Adour à Anglet, nous avons retracé l’épopée des balises et des tours des signaux qui ont participé à l’histoire maritime locale.

 

 

 

 

 

 

 

Depuis des siècles, plusieurs systèmes de signalisations maritimes ont été inventés et élevés à l’embouchure de l’Adour pour guider les vaisseaux où les navires marchands à franchir la fameuse Barre avant de rejoindre le port de Bayonne. Ces édifices multiples et variés participant à l’artificialisation du fleuve ont permis de contribuer au développement économique de la ville et ont sauvé de nombreux navires du trépas!

 

Embouchure de l'Adour

Cartes des balises et tours des signaux qui ont fait dates dans l’histoire de l’embouchure de l’Adour


 

I- PREMIÈRES BALISES ET PRÉMICES D’UNE RÉGLEMENTATION A L’EMBOUCHURE DE L’ADOUR! (1578-1694)


Notre chronique commence dès 1578, date à laquelle Louis de Foix, sur ordre du roi de France, détourne le cours de l’Adour à Anglet en construisant une digue d’une longueur de 290 mètres au lieu-dit « Trossoat », à Boucau. Cet édifice majeur en bois fait barrage à l’écoulement du fleuve vers les Landes et le rejette à travers les terres angloyes jusqu’à la mer par un canal creusé dans le sable de 1800 mètres de long. (4) Cette nouvelle embouchure, très vite instable, fut propice à la formation d’une « barre« , haut fond sablonneux et mobile sur laquelle se dressait dangereusement les vagues. Il était donc primordial de mettre en place des balises à terre pour signaler l’emplacement du chenal aux marins qui souhaitaient la franchir en toute sécurité.

 

C’est le peintre Maugier qui, en premier, releva la présence de ces balises sur une carte de la fin du 16 -ème siècle. Cette carte représente la position des deux embouchures de l’Adour, l’ancienne et la nouvelle, permettant d’argumenter un procès entre les villes de Capbreton et de Bayonne :

 

MDB/1598/Maugier

Peinture de Maugier réalisée en 1598 pour présenter la situation des embouchures en 1578 (2)

 

Ces deux balises sont représentées dans la lande angloye par deux mâts en bois non loin de l’embouchure (cercle orange). Leurs seules présences sur ce territoire à la fois dunaire et sauvage, montre le rôle essentiel qu’elles jouaient dans l’accès au port de Bayonne.

 

Au début du 17 -ème siècle, une autre carte mentionne l’existante de ces deux balises démontrant une nouvelle fois leur grand intérêt dans le franchissement de la Barre.

CARTE MDB Début 17 eme

Extrait du plan de l’Adour depuis Dax jusqu’au Boucau, datant du début du 17ème siècle (3)


Ces balises étaient construites avec de jeunes pins qui étaient élevés en forme de ruches garnies de branches provenant des mêmes arbres issus du pignadar voisin. Plus tard, on les bâtira de façon moins rudimentaire, en leur donnant une forme pyramidale avec une base de 16.50 mètres et une hauteur de 23.70 mètres. L’entretien de ces balises était financé par un droit de balisage qui était levé en fonction du tonnage des vaisseaux franchissant la Barre ! (4)

 

Elles étaient ainsi installées avec précision sur la rive gauche du fleuve pour indiquer l’alignement à suivre lors du franchissement de la Barre. Elles étaient déplacées de dune en dune quand le chenal d’accès au port changeait de position notamment après une forte tempête : c’était vital ! Ce travail, technique et précis, était sous la responsabilité des pilotes de l’Adour. Ces hommes de la mer, triés sur le volet, connaissaient comme leur poche la Barre et ses courants. Ils avaient pour mission d’aider les navires, autant que possible à franchir cet écueil au risque de leur vie, dans le but de pérenniser l’activité économique maritime. Ce métier fit son apparition probablement dès que les premières balises furent construites. Des écrits attestent leur présence sur les bords du fleuve dès 1315. (5) Mais les pilotes eurent besoin de s’organiser au fil du temps pour assurer un service de qualité. La première réglementation officielle des pilotes de l’Adour date de 1694. Voici comme elle est décrite : « chaque pilote doit posséder une chaloupe composée d’un équipage de huit hommes qui sert à remorquer les navires. Lorsqu’un navire se présente à l’entrée de l’Adour, le pilote de tour part à sa rencontre avec sa chaloupe si les conditions le permettent, pour grimper dans le navire, en prendre les commandes et l’amener jusque dans le fleuve, à la rencontre des pilotes de rivière (au niveau des rochers des Casquets). Si la mer est trop forte, le pilote attendra à l’intérieur de la Barre que le bateau s’approche en lui prodiguant des signes ! On verra alors deux ou trois chaloupes remorquer le navire. Il en va de même pour la sortie des navires. L’ensemble de ces pilotes qui assurent la sécurité de l’embouchure est dirigé par un pilote-major nommé par la ville. » (4, p153) Chaque pilote avait l’obligation d’habiter le village de Boucau proche de la mer. (5)

 

Prochain épisode: Multiplication des balises et apparition des signaux à l’embouchure de l’Adour.

L’équipe SOSLA

Bibliographie:

(1) Gravure en aquatinte « Bayonne, vue de l’embouchure de l’Adour » de Paul Legrand, 1830.

(2) Maugier : « Les embouchures de l’Adour à Bayonne en 1578 » peinture produite en 1598, Archives Médiathèque de Bayonne, C124

(3) Peinture du « Plan de l’Adour depuis Dax et autres jusqu’au Boucau » fin 16 ème/ début 17 ème siècle, Archives Médiathèque de Bayonne.

(4) F. Jaupart: « L’embouchure de l’Adour et ses variation après le détournement, aux xviie et xviiie siècle » dans  le » IV centenaire du détournement de l’Adour » SSLAB, 1978, page 153)

(5) Exposé George Strullu, Pilote de l’Adour, Adala: « Anglet et les pilotes de l’Adour »

 

 

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