15 Août 2018
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Culture

Pour franchir la barre, suivez nous ! épisode V

Déplacement de l'ensemble des signaux présents à l'embouchure de l'Adour, ( 1866-1871 )

Suite à l’avancée incessante de la terre sur la mer, et ce à raison de 3 mètres/ an, la visibilité de la tour des signaux et des autres balises depuis l’océan devient de moins en moins bonne

 

 

 

 

 

 

 

Nombreux sont les naufrages répertoriés par manque de distinction des signaux lancés aux navires en approche depuis le mât d’approche ou de la tour de pilotage notamment par temps brumeux. (38) Il s’en suit une campagne de construction de nouvelles balises afin d’articuler un système de communication moderne amenant plus de sécurité pour le franchissement de la Barre :

 

 

En 1866, l’amer présent sur la dune de Blancpignon est définitivement abandonné. Il est remplacé par un beffroi construit sur la colline d’en face, c’est à dire au lieu-dit le Pey à Boucau, non loin de l’ancienne vigie des pilotes lamaneurs, sur un terrain offert par le pilote major Bourgeois. Les matériaux utilisés sont des rails de chemin de fer Barlow. Une plate-forme est élevée à 13.50 m au-dessus du sol, surmonté d’un mât qui culmine à 27 mètres. Ainsi, les drapeaux qui y sont montés sont visible dans toute la rade. Le beffroi est opérationnel en Janvier 1868. Il aura pour mission de répéter une partie des signaux qui sont émis depuis la tour de l’embouchure. Il sera aussi un poste d’observation des navires en approche de la côte. (38)

 

 

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La vigie présente au lieu-dit le Pey sur les hauteurs de Boucau telle qu’elle a été construite en 1868. (Photo années 1920)


 

En 1867, il débute la construction d’une nouvelle tour des signaux à 630 mètres plus à l’ouest de l’actuelleElle reste au bord du fleuve et se dote d’une base hexagonale sur une fondation circulaire de 12.60 mètres. Un fût de 77 marches est créé pour accéder à la terrasse d’observation de 4. 20 mètres de diamètre (37).

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Plan 1 de situation de la nouvelle tour des signaux construite à partir de 1867. (32)

 

Ses fondations reposent sur des pilotis réunis par des traverses, lesquelles supportent un plancher de mortier. Le soubassement renferme deux vestibules, une chambre pour le pilote major, un bureau pour les canotiers, une chambre pour les lamaneurs et un magasin pour le fer.

 

 

Le mât à bascule, jusqu’alors présent sur la plateforme d’observation de l’ancienne tour, est abandonné au bénéfice d’un mât moderne: le mât Fenoux. Un nouveau système de signaux pour les bateaux en attente dans la rade est mis en place sur la face de la tour qui regarde l’estuaire : le pavillon hissé derrière la tour indique que le remorqueur peut sortir avec des navires. S’il s’agit d’une croix noire indique que le remorqueur et tout autre bateau à vapeur peuvent sortir mais sans remorqueur. Deux croix noires signifient que ni le remorqueur, ni les bateaux vapeurs ne peuvent sortir. Ces signaux sont répétés sur la tour vigie du Boucau pour être vu des navires depuis la rade.

Les feux du port qui étaient jusque alors sur l’estacade sud de l’embouchure du fleuve, sont déplacés sur la tour, à mi-hauteur côté océan, dans une guérite à 17 mètres au-dessus des plus hautes mers. Le feu est fixe blanc toutes les fois que le passage nocturne est jugé praticable. Il est fixe rouge et visible à 7 milles quand la mer ne permet pas d’entrer. En même temps que le feu fixe blanc est allumé, on allume deux feux fixes verts pour signaler la direction du canal entre les jetées. La tour est opérationnelle le 15 Août 1868. (33, 37 et 44)

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La tour des signaux fin 1800. Le mât Fenoux est en place avec des boules noires pour indiquer aux navires les hauteurs d’eau. La position de l’ailette donne les signaux d’entrée à la place de l’ancien mât à bascule. Au milieu de la tour, sous la fenêtre, le feu du port. Côté gauche, près de la passerelle, les signaux de sortie de la rade sont indiqués par le drapeau, enfin autour de l’édifice quelques pilotes gravitent en attendant la bonne heure!

 

 

 

Comme tous les signaux ne peuvent pas être réalisés depuis la tour, il est aménagé à une centaine de mètres au sud immédiat, à la limite de la végétation près du rivage, un nouveau mât d’approche (voir plan 1). Le sous bassement et la plate-forme de cette construction sont en pierre. Le mât qui a été fabriqué par la compagnie des chantiers et ateliers de l’Océan est installé dessus. Il est principalement en tôle et se termine par un mât en bois.

 

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Le nouveau mât d’approche, ici en 1890. Observez à son extrémité l’ensemble des différents signaux échangés avec les navires. (43)


 

Ce mât dépasse la tour des signaux mais il est moins haut de 5.70 mètres que l’ancien mât d’approche. Il est peint en blanc et donne le maximum de tirant d’eau des navires admissibles à la pleine mer du jour. Il indique aussi les signaux de remorquage. (34) Il est mis en service le 10 Juillet 1869 et porte un drapeau de 40 m2 pour appeler les navires devant la Barre. (37) L’ancien mât d’approche situé à 530 mètres plus à l’Est est mise hors service. Il sert désormais de logement pour les employés des Ponts et Chaussées ! (41)

 

 

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Le nouveau mât d’approche, près de l’hippodrome de la Barre au début du 20 -ème siècle.

 


 

L’ancienne tour des signaux est, elle aussi, en partie détruite pour ne pas être confondue avec la nouvelle. Elle joue désormais un autre rôle. Elle porte un des deux feux verts qui donne l’alignement pour le franchissement de la Barre de nuit. Ce feu est placé à la fenêtre du pavillon situé au-dessus de la couverture du soubassement. L’autre feu vert est porté par un chariot mobile à 140 mètres plus à l’ouest pour ajuster l’alignement en fonction de l’emplacement de la Barre de l’Adour. Là aussi, la maison sert de logement pour le gardien des chantiers.

 

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Le projet de mutation de l’ancienne tour des signaux en 1869 avec son feu vert intégré dans la petite tour (cercle vert)


 

Toujours en 1869, un mât blanc de 15 mètres de haut est installé sur le quai de la place d’arme de Bayonne afin de répéter les signaux qui sont faits sur la vigie de Boucau et d’informer les navires à voile et à vapeur en attente de départ si ce dernier est possible.(46)

 

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Les signaux de sortie sont visibles sur le quai de la place d’arme à Bayonne. (photo début 20 ème siècle)

 


 

A partir de 1871, les signaux sont déterminés par instruction ministérielle pour une harmonisation nationale. Voici comment se présente la nouvelle réglementation à l’embouchure de l’Adour avec le nouvel ensemble de balisage :  » l’entrée de l’Adour est signalée par deux tours et un mât de pavillon. Elle se trouve dans le nord et à deux milles et demi du phare de Biarritz… Le fleuve, dont les divagations sont aujourd’hui maintenues par deux digues à claires voies, se jette dans la mer avec une direction opposée à celle des vents régnants. 


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L’embouchure de l’Adour, vue depuis le large vers 1871.

 

 

 

Lorsque le pilote major juge que l’entrée sera favorable au moment de la pleine mer, il fait hisser le pavillon national au sommet du mât d’approche, en indiquant avec des ballons noirs, conformément avec la convention adoptée par tous les ports de France, le maximum de tirant d’eau des navires qu’il croira devoir être admissibles à ce moment de la pleine mer. Ces signaux appellent devant la Barre, a une distance d’environ un mille, les navires dont le tirant d’eau est égal ou inférieur à celui signalé par les boules.  Si l’entrée ne doit pas être tenté, on ne hissera aucun signal au mât d’approche, et si un navire s’avançait quand même, des signaux seraient fait du sommet de la tour pour lui indiquer qu’il doit s’éloigner (signal 6). 


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Signal 6


 

Les signaux d’entrée sont faits au sommet de la tour et se divisent en deux catégories. Les signaux de calaison et les signaux de directions. Les premiers, faits avec des disques, indiquent le tirant d’eau du bâtiment admissible sur la Barre, au moment où le signal parait. Le premier navire qui se présente obéira aux signaux suivants :


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Une partie des autres signaux réalisés en haut de la tour des signaux.


 

L’ailette relevée, après ce dernier signal, indique à un deuxième navire que l’on va s’occuper de lui et le diriger à son tour. Si l’ailette est inclinée sur la droite en opposition avec une boule, c’est que le pilote major juge que le bateau doit s’éloigner de la côte. (Signal 6) Si le pilote-major juge que la seule chance de salut qui reste à un navire est de venir à la côte, il frappera un pavillon rouge à l’extrémité opposée à l’ailettes et la manœuvrera de façon à diriger le navire sur le point le plus favorable à l’échouage ! Si le pilote major, après avoir appelé les bateaux de plus de 50 tonnes juge qu’il faille les repousser, il fera hisser une croix noire contre la tour, les signaux d’approche et d’entrée étant conservés. Si le pilote major juge qu’aucun bâtiment ne peut entrer, il amènera les signaux d’approche et d’entrée et il hissera en haut du sommet du mât de la tour le pavillon rouge. Il conservera en même temps le signal horizontal indiquant qu’il n’y a pas assez d’eau.

 


Au sujet du remorqueur : si un bâtiment souhaite le remorqueur, et après l’avoir signifié avec le pavillon national en haut du mat du navire, le pilote major répond favorablement en hissant le pavillon blanc à trèfle bleu en haut du mât d’approche. Si le remorqueur ne peut sortir, deux pavillons blancs à trèfle bleu seront hissés en haut du mât d’approche. Enfin, si trois pavillons blancs à trèfle bleu sont hissés en haut du mât d’approche, cela signifie que l’on peut franchir la Barre uniquement avec l’aide du remorqueur. Le bâtiment accepte en hissant le pavillon en haut du mât de son navire.

 


Durant les sorties de jour, le pilote major hisse sur un des angles de la tour, côté terre, un pavillon à carreau blancs et rouges pour signaler que tous les navires peuvent sortir.  S’il s’agit d’un pavillon à trèfles bleu, seuls les navires à vapeur peuvent sortir. Ces signaux sont répétés sur la tour-balise du Boucau et sur le mât de Bayonne à l’angle du bastion des allées marines.

 


L’entrée de nuit est interdite aux navires à voile non remorqué par le remorqueur du port ou cas de force majeur. Elle doit rester exceptionnelle pour les navires à vapeur, ces derniers ne pouvant être informé de la hauteur d’eau sur la barre. Le signal de la tour sera une lumière blanche accompagné de deux feux verts pour l’alignement avec le chenal. Pour la sortie de nuit, les mêmes alignements sont utilisés. Les capitaines doivent en informer d’avance le pilote major. » (35)

 

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L’ancienne tour des signaux et la balise mobile donnent la route à suivre de nuit à l’entrée de l’Adour quand les feux verts sont alignés. 

 


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L’embouchure de l’Adour vue depuis l’ancienne tour des signaux. Les navires dans le fond se présentent dans l’axe pour franchir la Barre. Notez que la balise mobile est sur un chariot qui se déplace latéralement sur une voie ferrée en fonction de l’emplacement de la passe.

 

 

Prochain épisode: « L’arrivée de l’électricité à l’embouchure de l’Adour. »

Episode précédent: « Début du remorquage à vapeur et mise en service des feux du port »

L’équipe SoSLa

 

Bibliographie:

(1) Gravure en aquatinte « Bayonne, vue de l’embouchure de l’Adour » de Paul Legrand, 1830.

(2) Maugier : « Les embouchures de l’Adour à Bayonne en 1578 » peinture produite en 1598, Archives Médiathèque de Bayonne, C124

(3) Peinture du « Plan de l’Adour depuis Dax et autres jusqu’au Boucau » fin 16 ème/ début 17 ème siècle, Archives Médiathèque de Bayonne.

(4) F. Jaupart: « L’embouchure de l’Adour et ses variation après le détournement, aux xviie et xviiie siècle » dans  le » IV centenaire du détournement de l’Adour » SSLAB, 1978, page 153)

(5) Exposé George Strullu, Pilote de l’Adour, Adala: « Anglet et les pilotes de l’Adour »

(6) (bibliothèque du génie, ms 144 4°98 feuille 1)

(7) (Histoire militaire de Bayonne. De la mort d’Henri IV à la Révolution française, Blaÿ de Gaïx, Gabriel-François de (1848-1919)

(8)  Carte de la BNF « Plan du Cour de la Rivière de la Dour depuis St. Bernard jusqu’à Basse mer de la Coste » 1730.

(9) Carte de la BNF « Plan du Cour de la Rivière de la Dour depuis St. Bernard jusqu’à Basse mer de la Coste » 1731.

(10) Carte de Chaveneau: « Plan de la Barre de Bayonne » Octobre 1740,  Archives médiathèque Bayonne, C127 FR.

(11) Cartes de l’embouchure de l’Adour, C1336, Fond Jaupard, Médiathèque de Bayonne

(12) L’Abbé Jean Joseph Expilli: « Dictionnaire géographique, historique et politique des gaules et de la France » Tome 1, 1762, Paris.)

(13) Extrait de « Vue de l’embouchure de l’Adour », GARNERAY L. (1783 – 1857) Gravure  1830, 1ED98 Médiathèque Bayonne.

(14) D’après le pilote-major Bourgeois, archive P&C Pau 4S 217.

(15) Carte extraite du site Gallica de la BNF: Plan du cours de la rivière à l’Adour depuis Mousserolle jusqu’à la mer et d’une partie de celle de Nive« , Le Chevalier Isle, major de vaisseau. 1788

(16) F. Morel « Bayonne, vues historiques et descriptives« , Bayonne, Juin 1836.

(17) 4S 171, P&C de Bayonne, Port et transport maritimes, AD de Pau.

(18) Louis Colas, dessinateur: « Carte du cours de l’ Adour depuis Bayonne jusqu ‘à la mer » 1805. Médiathèque de Bayonne, C1343 FR.

(19) Napoléon à Bayonne : d’après les contemporains et des documents inédits / par E. Ducéré 1897.

(20) Les journées de Napoléon à Bayonne: par E. Ducéré 1908.

(21) Les corsaires bayonnais  1856, Édouard Lamaignère.

(22) P&C de Bayonne, Port et transport maritimes, « Mémoire sur la manière de rendre plus praticable le port de Bayonne » pilote Bourgeois, 4S 286, AD de Pau.

(23)  Ducéré, Édouard:« Le blocus de 1814 : d’après les contemporains et des documents inédits« 1900, BNF.

(24) Général Francis Gaudeul: « Le franchissement de l’Adour par les anglais en février 1814 » Congrès du IVe centenaire du détournement de l’Adour 1578-1978. publié en 1978.

(25) Monsieur Vionnois: « Mémoires et documents relatifs à l’art des constructions et au service de l’ingénieur » 1858, Annales des ponts et chaussées.

(26) P. Hourmat: « Histoire de Bayonne » Tome IV, La Restauration, 1814-1830″ SSLAB, 1998).

(27) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP2, article 389.

(28) Tableau de x, 1835, collection du musée basque de Bayonne.

(29)  C. B. Matenas: « Renseignements nautiques sur les côtes de France, d’Angleterre, d’Écosse, d …  » 1851.

(30)  Vicente TOFIÑO DE SAN MIGUEL et Louis ANDRÉ: » Renseignements nautiques sur les côtes de France, d’Angleterre, d’Écosse, d ... »

(31) Germond de la Vigne: « Autour de Biarritz »  1856.

(32) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP1, article 120.

(33) M. Legras: « Recueil relatif à l’hydrographie et à la navigation » 1868.

(34) « Rapports et délibérations du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques » 1871,  Conseil général des Pyrénées-Atlantiques.

(35) « Pilotes des côtes: entre la Loire et la Bidassoa » 1873, Le chasse marée, édition de l’Estran. Chapitre 19, page 323

(36) 4S 176,  « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(37) 4S 176 « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne, « Conférence au sujet de l’établissement d’un feu à l’entré du port,  AD de Pau.

(38) 4S 177,  « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(39) 4S 177,   » Réparation de la maison d’enceinte de la tour des signaux » 1826 « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(40) 4S 177,   » Reconstruction des balises hollandaises et de Blancpignon » 1831 Phillipe Vionnois « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(41) 4S 177,  « Ports et transports maritimes »  » Déplacement de la tour des signaux et du mât d’approche » 1861 P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(42) Photo « Les digues de la Barre » vers 1869; 2Fi Bayonne Port 28 NF 966, Médiathèque de Bayonne.

(43) dessin d’Henri Charles Landrin, « L’Adour, remorqueur » Archives musée basque, E2229.38.

(44) Archives départementales de Bayonne: « Port de Bayonne: Notice » 2 ETP1/118/ D3 N149.

(45) Archives départementales de Pau, 4S 180.

(46) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP1/118.