10 Septembre 2018
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Culture

Pour franchir la barre, suivez nous ! épisode VIII

Aujourd’hui, quels sont les vestiges de cette grande histoire du balisage littoral ?

La Barre de l’Adour fait l’objet d’un dragage continu depuis plus de 120 ans. C’est avec la construction de la grande digue du Boucau en 1966

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Barre de l’Adour fait l’objet d’un dragage continu depuis plus de 120 ans. C’est avec la construction de la grande digue du Boucau en 1966 (sur la gauche de l’image), qu’elle a quasiment disparu avec l’approfondissement du chenal de navigation à -12 mètres. Depuis, la Barre a donné son nom à la plage d’Anglet la plus proche de l’embouchure et à une fameuse vague aujourd’hui aussi disparue.

 

Anglet

L’entrée de l’ Adour vue depuis le large.


 

Le phare de Biarritz

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Le phare vu depuis la plage de la Barre en 2014


Le phare de Biarritz joue toujours un rôle de repère dans la navigation côtière avec son foyer situé à 73 mètres au-dessus des plus hautes mers.

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L’optique installée en 1904, constituée de lentilles de Fresnel et d’anneaux catadioptriques, continue de balayer la nuit de ses deux éclats lumineux de 10 secondes pour une portée visuelle de 26 milles nautiques soit 48 km !

 

 

 

La tour des signaux :

Du haut de ses 150 ans, la tour des signaux se dresse toujours fièrement à l’embouchure du fleuve. Elle est en bon état grâce à une restauration de sa façade en 2011 par la Région Aquitaine. (Sud-ouest article) Elle s’illumine de jour comme de nuit dès qu’un navire de commerce est en approche. A son sommet, de nombreuses antennes de télécommunication, des manomètres mais aussi des caméras de surveillance qui scrutent notamment l’évolution du rivage angloy.

 

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3 Feu rouges : aucun navire ne sort ! Et pour cause, le Patalya, tanker de 144 mètres de long et de 8.7 mètres de tirant d’eau, fait son entrée au port avec le pilote à bord !

La tour est toujours le siège des pilotes de l’Adour qui y observent l’océan au premier étage dès qu’il s’agit de faire entrer ou sortir un bâtiment.

 

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3 Feux rouges vers le large, aucun navire ne rentre, un cargo se prépare à sortir! Derrière la tour, on voit les 2 feux verts de direction d’entrée.

 

 

 

Aujourd’hui, l’équipe du pilotage ne se compose plus que de 3 pilotes dont un président, 6 marins et une secrétaire. La flotte de pilotines se compose de 3 unités : Aïnhara, Izurdia et la pilotine-remorqueur SAINT-BERNARD pour escorter environ 1 500 à 2 000 navires/an. (5)

 

 

 

Le mât d’approche:

Après la guerre, le mât d’approche transformé en casemate fut intégré au karting de la Barre avant d’être entièrement détruits en 1968 pour faire place à une belle patinoire.

 

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Les vestiges du mât d’approche dans le cercle orange vu d’avion dans les années 50.


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Les vestiges du mât d’approche vu depuis le karting de la Barre dans les années soixante.

 


 

L’ancien mât d’approche:

L’ancien mât d’approche a été rasé par les allemands pendant l’occupation pour éclaircir le terrain autour de la batterie de l’hippodrome de la Barre.

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L’ancien mât d’approche vu d’avion en 1938, avant sa destruction, quelques années plus tard par les allemands.

 


Il ne reste plus aujourd’hui qu’un monticule sur l’emplacement de ses ruines entre l’accrobranche et le rond-point de la Barre.

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Le fanal de direction aval

Le fanal de direction d’aval est devenu fixe après la construction de la digue du Boucau en 1966 et la stabilisation du chenal de navigation.

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Le fanal vert vu depuis la capitainerie, placé dans l’axe du chenal de l’embouchure de l’Adour.

 

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Le chariot nécessaire pour déplacer la balise fut abandonné au profit d’une balise fixe. Une partie du rail porteur a depuis disparu.

 

 

 

L’ancienne tour des signaux

L’ancienne tour des signaux est devenue la capitainerie du port de commerce. Elle existe a cet emplacement depuis 239 ans environ. C’est le monument le plus ancien encore visible. Pour l’anecdote, Napoléon 1er y est venu à plusieurs reprises observer l’océan, c’est dire ! Cet édifice fait ainsi partie du patrimoine historique d’Anglet et du port de Bayonne. Il a fait l’objet de travaux de rénovation et d’agrandissement en 2017.

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L’ancienne capitainerie pendant les travaux de 2017. On note toujours la présence d’un vestige de fût pour gagner l’étage.

 

 

Une partie du soubassement et du fût sont toujours conservés ainsi que le signal vert de direction à l’étage. Le 27/04/2018, la nouvelle capitainerie fût inaugurée par la Nouvelle Aquitaine. La Région est en effet propriétaire de ce bâtiment depuis le transfert du port de Bayonne le 1er août 2006 et le met à disposition des agents de l’Etat chargés de réguler et surveiller les mouvements des navires à l’intérieur du port.

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La nouvelle capitainerie du port de commerce, agrandie mais dont une partie historique a été fort heureusement conservée durant la rénovation.

 

 

L’extension proposée par le cabinet d’architecte invite « en théorie » à une écriture contemporaine et franche, opposée à la partie ancienne tout en conservant une harmonie et un dialogue entre le passé et l’extension du nouveau projet. Le but était de faire de la capitainerie un point fort du port et un repère pour l’ensemble des passants. Cet effet se renforce lorsqu’une fois la nuit tombée, l’extension prend vie grâce à la multiplication des ouvertures et à la signalétique qui s’éclaire à la couleur du port : la capitainerie devient ainsi un signal.

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La capitainerie de nuit en 2018 !

 

 

L’ancienne balise occidentale:

ancienne balise occidentale

Le point bleu situe l’emplacement de l’ancienne balise occidentale entre 1740 et 1867 !

 

 

 

La bâtisse qui assistait l’ancienne balise occidentale a été démantelée par les P&C en 1875. Il ne reste plus aujourd’hui que la dune sur laquelle reposait la fameuse balise.

 

ancienne balise occidentale

La dune en forme de pyramide sur laquelle reposait l’ancienne balise occidentale est encore visible aujourd’hui dans la forêt de Chiberta.

 

 

 

La grande balise de Blancpignon

La grande balise de Blancpignon a elle aussi totalement disparu.

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Les vestiges de son emplacement en 1938, après son abandon 72 ans plus tôt !

 

 

 

Dans un passage d’ »Anglet, la ville aux six clochers« , l’auteur raconte que la Balise de Blancpignon, dont il ne resterait plus qu’un socle enfoui dans le sable, est introuvable d’après l’article paru dans un Sud-ouest de 1971, et pour cause !

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Il ne reste plus qu’une borne géodésique à cet emplacement aujourd’hui. Ce point qui culminait autrefois à 40 mètres de haut en faisait la plus haute dune des environs.

 

La tour vigie du Pey

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La tour vigie au dessus de la place du village début 1900.

 


La tour vigie dite du Pey a totalement disparu aujourd’hui. Une maison a été construite sur son emplacement. L’endroit est méconnaissable.

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Dans le cercle, l’emplacement exact de l’ancienne vigie du Boucau

 

Le mât du quai de la Place aux Armes

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Sur son emplacement passe aujourd’hui la passerelle d’accès à la péniche.

 

Le mât du quai de la Place aux Armes n’a pas résisté au téléphone… Sur son emplacement ou juste à côté passe aujourd’hui la piste cyclable !

 

Conclusion:


Autrefois faite de petites balises composées d’amas de bois en pin, aujourd’hui armée d’une grande tour en pierre de taille bardée d’antennes en tous genres, la signalétique à l’embouchure de l’Adour a évolué en 450 ans et fait un grand bon en avant. Elle a permis, dans son développement, à un grand nombre de vaisseaux et de cargos de franchir la Barre de l’Adour dans les meilleures conditions possibles grâce à l’expérience des pilotes de l’Adour.

Bien que les accidents, au fil du temps, soient devenus plus rares, ils n’en restent pas moins possibles comme l’a démontré le naufrage du Luno lors d’une tempête hivernale de 2014. Ainsi, le risque zéro n’existe pas, surtout avec des navires de plus en plus grands nécessitants de naviguer à flux tendus sur les océans du monde entier. De mémoire, le plus gros navire accepté au port de Bayonne fut le pétrolier de la Socatra, le Carnac, de 182.61 mètres de long pour 29.93 mètres de large et un tirant d’eau de 9.60 mètres !

 

Aujourd’hui, le franchissement de la Barre est encore suspendu en moyenne 10 à 15 jours par an, alors qu’autrefois les navires pouvaient rester bloqués plusieurs semaines dans la rade, comme ce fût le cas en 1856 (31). Même si les évolutions sont incontestables, l’accès au port de Bayonne par mauvais temps reste dangereux avec, en cas d’accident, des conséquences qui pourrait être catastrophiques pour le littoral angloy et son économie touristique…

 

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Episode précédent: Réorganisation des signaux suite à la deuxième guerre mondiale à travers les télécommunications.

L’équipe SoSLa

 

Bibliographie:

(1) Gravure en aquatinte « Bayonne, vue de l’embouchure de l’Adour » de Paul Legrand, 1830.

(2) Maugier : « Les embouchures de l’Adour à Bayonne en 1578 » peinture produite en 1598, Archives Médiathèque de Bayonne, C124.

(3) Peinture du « Plan de l’Adour depuis Dax et autres jusqu’au Boucau » fin 16 ème/ début 17 ème siècle, Archives Médiathèque de Bayonne.

(4) F. Jaupart: « L’embouchure de l’Adour et ses variation après le détournement, aux xviie et xviiie siècle » dans  le » IV centenaire du détournement de l’Adour » SSLAB, 1978, page 153.

(5) Exposé George Strullu, Pilote de l’Adour, Adala : « Anglet et les pilotes de l’Adour« .

(6) Bibliothèque du génie, ms 144 4°98 feuille 1.

(7) Histoire militaire de Bayonne. De la mort d’Henri IV à la Révolution française, Blaÿ de Gaïx, Gabriel-François de (1848-1919)

(8)  Carte de la B.N.F « Plan du Cour de la Rivière de la Dour depuis St. Bernard jusqu’à Basse mer de la Coste » 1730.

(9) Carte de la B.N.F « Plan du Cour de la Rivière de la Dour depuis St. Bernard jusqu’à Basse mer de la Coste » 1731.

(10) Carte de Chaveneau : « Plan de la Barre de Bayonne » Octobre 1740,  Archives médiathèque Bayonne, C127 FR.

(11) Cartes de l’embouchure de l’Adour, C1336, Fond Jaupard, Médiathèque de Bayonne

(12) L’Abbé Jean Joseph Expilli : « Dictionnaire géographique, historique et politique des gaules et de la France » Tome 1, 1762, Paris.

(13) Extrait de « Vue de l’embouchure de l’Adour« , GARNERAY L. (1783 – 1857) Gravure  1830, 1ED98 Médiathèque Bayonne.

(14) D’après le pilote-major Bourgeois, archive P&C Pau 4S 217.

(15) Carte extraite du site Gallica de la B.N.F : Plan du cours de la rivière à l’Adour depuis Mousserolle jusqu’à la mer et d’une partie de celle de Nive« , le Chevalier Isle, major de vaisseau, 1788.

(16) F. Morel: « Bayonne, vues historiques et descriptives« , Bayonne, Juin 1836.

(17) 4S 171, P&C de Bayonne, Port et transport maritimes, AD de Pau.

(18) Louis Colas, dessinateur: « Carte du cours de l’ Adour depuis Bayonne jusqu ‘à la mer » 1805, Médiathèque de Bayonne, C1343 FR.

(19) Napoléon à Bayonne : d’après les contemporains et des documents inédits / par E. Ducéré 1897.

(20) Les journées de Napoléon à Bayonne: par E. Ducéré 1908.

(21) Les corsaires bayonnais, 1856, Édouard Lamaignère.

(22) P&C de Bayonne, Port et transport maritimes : « Mémoire sur la manière de rendre plus praticable le port de Bayonne » pilote Bourgeois, 4S 286, AD de Pau.

(23)  Ducéré, Édouard: « Le blocus de 1814 : d’après les contemporains et des documents inédits« 1900, B.N.F.

(24) Général Francis Gaudeul : « Le franchissement de l’Adour par les anglais en février 1814 » Congrès du IVe centenaire du détournement de l’Adour 1578-1978, publié en 1978.

(25) Monsieur Vionnois: « Mémoires et documents relatifs à l’art des constructions et au service de l’ingénieur » 1858, Annales des Ponts et Chaussées.

(26) P. Hourmat: « Histoire de Bayonne » Tome IV, La Restauration, 1814-1830″ SSLAB, 1998.

(27) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP2, article 389.

(28) Tableau de 1835, collection du musée basque de Bayonne.

(29)  C. B. Matenas: « Renseignements nautiques sur les côtes de France, d’Angleterre, d’Écosse, d …  » 1851.

(30)  Vicente TOFIÑO DE SAN MIGUEL et Louis ANDRÉ : » Renseignements nautiques sur les côtes de France, d’Angleterre, d’Écosse, d ... »

(31) Germond de la Vigne: « Autour de Biarritz » , 1856.

(32) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP1, article 120.

(33) M. Legras : « Recueil relatif à l’hydrographie et à la navigation« , 1868.

(34) « Rapports et délibérations du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques » 1871,  Conseil général des Pyrénées-Atlantiques.

(35) « Pilotes des côtes: entre la Loire et la Bidassoa » 1873, Le chasse marée, édition de l’Estran. Chapitre 19, page 323.

(36) 4S 176,  « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(37) 4S 176 « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne, « Conférence au sujet de l’établissement d’un feu à l’entré du port,  AD de Pau.

(38) 4S 177 : « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(39) 4S 177 :   » Réparation de la maison d’enceinte de la tour des signaux » 1826 « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(40) 4S 177 :   » Reconstruction des balises hollandaises et de Blancpignon« , 1831, Phillipe Vionnois « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(41) 4S 177 :  « Ports et transports maritimes »  » Déplacement de la tour des signaux et du mât d’approche » 1861 P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(42) Photo « Les digues de la Barre » vers 1869; 2Fi Bayonne Port 28 NF 966, Médiathèque de Bayonne.

(43) Dessin d’Henri Charles Landrin, « L’Adour, remorqueur » Archives musée basque, E2229.38.

(44) Archives départementales de Bayonne: « Port de Bayonne: Notice » 2 ETP1/118/ D3 N149.

(45) Archives départementales de Pau, 4S 180.

(46) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP1/118.

(47) « Rapports et délibérations du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques« , Pyrénées-Atlantiques. Conseil général.  avril 1874, Gallica.

(48) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP1, article 118/D3 162.

(49) « Rapports et délibérations du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques« , Pyrénées-Atlantiques. Conseil général, août 1888, Gallica.

(50) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP2, article 389.

(51) « Tableau général du commerce et de la navigation … » Volume 2, France. Direction générale des douanes, 1908.

(52) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP4/ 386.

(53) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP4/388.

(54) Archives départementales de Bayonne, 2ETP4/387.

(55) Archives départementales de Bayonne, 2ETP4/390.

(56) Archives départementales de Bayonne, 2ETP4/385.

(57) Archives départementales de Bayonne, 2ETP4/391.