07 Août 2018
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Culture

Pour franchir la barre, suivez nous ! épisode IV

La venue exceptionnelle à Bayonne du remorqueur à vapeur Météore en 1835 et son succès dans l’affaire de la Baleine Gabare, va susciter l’intérêt des professionnels du port pour améliorer le franchissement de la Barre.

 

 

 

 

 

 

Le 1er Mai 1841 commence le service du bateau remorqueur à vapeur « Adour ». Il va améliorer sensiblement le travail des pilotes en facilitant le passage de la Barre aux voiliers. Pour améliorer son usage, de nouveau signaux de communication vont être instaurés sur le mât d’approche.

 

adour n 1

L’Adour n 1, près des berges angloyes vers 1854. (43)


 

En 1849, le « Routier des côtes septentrionales d’Espagne et de Bayonne » décrit le nouveau protocole d’approche de la Barre de l’Adour par la mer (30) : « La Rhune est le premier repaire de jour situé à 14 miles de l’embouchure de l’Adour. Le phare, situé à 73 mètres au-dessus du niveau de la mer et à une lieue au sud de l’embouchure (2 éclats), permet d’être vue de nuit jusqu’à 22 milles par beau temps. La tour blanche de guidage, de 17 mètres de hauteur et juste au sud de l’embouchure, est visible seulement à 7 ou 8 lieux de la côte. Avec un mât amovible, elle fait des signaux d’appel pour franchir la Barre quand sa profondeur le permet et guide les navires lors de ce franchissement. Ceux sont les pilotes qui animent ces deux dernières balises suivant les ordres du pilotes major issu d’une concertation des pilotes présents. La balise hollandaise est à une encablure et demi au sud de la tour de guidage. Elle est constituée d’un mât de 33 mètres de hauteur, fait les signaux d’approche pour faire venir les navires devant la barre quand les conditions le permettent. »

 

Les signaux au mât d’approche : Les signaux du mât d’approche ont une nouvelle fois évolué pour optimiser le franchissement de l’obstacle. Le pavillon suédois (bleu à croix jaune) signifie que les bateaux de faible calaison peuvent s’approcher ; le pavillon à damier signifie que les navires de calaison supérieure peuvent s’approcher ; le pavillon hollandais signifie que tous les navires peuvent s’approcher.

 

Les signaux de la tour de guidage : Ces mêmes signaux à la tour indiquent aux navires la même procédure à suivre, mais cette fois-ci pour franchir la Barre. Ils doivent aussi suivre les orientations de ce drapeau. S’il est penché vers le nord, le bateau doit prendre la même direction, s’il est penché vers le sud, le bateau doit manœuvrer pour prendre cette direction. Enfin, si le drapeau est droit, le navire tient son cap vers le fleuve. Si le pavillon est hissé et amené trois fois à la tour, alors le franchissement de la Barre est interdit après révision du pilote major sur le franchissement de la Barre aux navires de la catégorie correspondante.

 

Les signaux pour le remorquage : Si une boule noire est hissée au mât d’approche, cela signifie que le remorqueur chauffe. Il lui faut 1h15 pour se mettre en mouvement! Deux boules noires indiquent qu’il n’est pas possible de remorquer. Trois boules noires indiquent que seul, le remorqueur est capable de faire entrer le navire. (29)

 

En 1852, la Chambre de commerce veut que la vigie primitive et précaire construite en pin hérissé de taquet par les pilotes lamaneurs depuis un temps immémorable sur les coteaux de Boucau soit modifiée en véritable tour d’observation afin de surveiller les bateaux en mer en toute quiétude et qu’elle devienne un repère pour la navigation notamment depuis que les semis de pins sur la dune de Blancpignon masquent la présence de la grande balise. Mais l’Etat estime que cet élément n’est pas prioritaire. (38)

 

En 1856 Germond de la Vigne, écrivain locale, décrit cette vigie : « En face, est le boucau, que l’œil découvre en arrière des habitations, au sommet d’un petit monticule de sable, un mat élevé, garni d’échelons, jusqu’au sommet, et sur lequel grimpe les guetteurs, pour étudier l’état de la Barre et observer les signaux des navires louvoyant au large. » (31, page 72) Puis, il raconte un grand moment de la sortie des navires en mer après des semaines d’interdiction d’accès à l’embouchure : « Rarement, trop rarement, quand le temps a été calme pendant plusieurs jours, quand la marée s’est faite sans violence et sans colère, le fleuve a pu, sans reprise, détacher et entraîner quelques mètres de l’obstacle, et pratiquer un passage où ses eaux s’écoulent sans résistance. Alors tout le monde est averti, toutes les vigies font des signaux, tous les navires, qui attendaient souvent depuis plus d’un mois l’heure favorable, font le branle-bas de départ, lèvent l’ancre et se groupe en ordre auprès de la barre. En même temps, la ville est en émoi, la population sourit et prend ses habits de fête….Les jetées sont couvertes de curieux. Un canot part du Boucau, conduit par huit rameurs en chemise rouge, il glisse avec rapidité sur le fleuve et s’arrête sur la Barre même. Le canot, porte assit au gouvernail, un homme vêtu d’un uniforme, c’est le chef du pilotage. Il s’assure de la position de la passe, en mesure la profondeur, s’ancre à l’une des extrémités, et arbore un pavillon rouge... » (31, page 69) Effectivement, quand la mer est belle, les indications faites aux pilotes présents sur les navires viennent depuis le canoë du pilote major qui fait des signes avec ses drapeaux rouges ou même avec les avirons de l’embarcation peints pour tenir informer sur les calaisons de la passe ! Il s’agit là d’un langage spécifique destiné uniquement aux pilotes. (32).

 

 

En 1858, l’ingénieur en chef des P&C de Bayonne, Mr Vionnois, compare la méthode de sortie des navires du port de Bayonne entre celle des pilotes lamaneurs et celle du remorqueur : » Pour la sortie des navires, le pilote major traverse la barre et signale la route à suivre aux autres pilotes au moyen d’un drapeau rouge tenu à la main. Depuis l’établissement du bateau à vapeur remorqueur, lorsque la Barre est praticable, le pilote major donne la remorque aux navires qui veulent sortir et les conduit au large. Et par le même moyen, il conduit en rivière les navires qu’il prend au large, quelques soit le vent. La comparaison des deux méthodes  fait sentir la supériorité de la dernière. « (25)

 

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Le remorqueur Adour n°2 tractant aisément deux voiliers vers le large de la Barre à marée haute, un jour de beau temps. (1886)

 


 

En Mai 1860, il est décidé l’établissement d’un feu de port de faible porté à 10 000 nautiques soit 18 km environ sur l’estacade sud de l’embouchure, à 200 mètres du musoir de la jetée à claire-voie pour que le gardien pilote puisse y accéder dans toutes les conditions de mer. Il est allumé la nuit pour signaler l’embouchure aux bateaux qui auraient urgemment besoin d’entrer si les conditions le permettent. Les navires en attente au large peuvent relever plus facilement leur position avec ce signal supplémentaire. Le feu est porté par un chariot à galet utilisant la voie de chemin de fer qui sert à l’entretien de la jetée. Il sera avancé au plus prêt du musoir aux beaux jours de l’été pour livrer une meilleure visibilité. (37)

Feu du port/MDB

Le feu du port, visible au-dessus de cet abris (cercle vert), est positionné contre l’estacade sud de l’embouchure de l’Adour vers 1868

(42)

 

Prochain épisode: « Déplacement de l’ensemble des signaux présent à l’embouchure de l’Adour ».

Episode précédent: « De la première tour des signaux au premier mat d’approche.  »

 

L’équipe SoSLa

Bibliographie:

(1) Gravure en aquatinte « Bayonne, vue de l’embouchure de l’Adour » de Paul Legrand, 1830.

(2) Maugier : « Les embouchures de l’Adour à Bayonne en 1578 » peinture produite en 1598, Archives Médiathèque de Bayonne, C124

(3) Peinture du « Plan de l’Adour depuis Dax et autres jusqu’au Boucau » fin 16 ème/ début 17 ème siècle, Archives Médiathèque de Bayonne.

(4) F. Jaupart: « L’embouchure de l’Adour et ses variation après le détournement, aux xviie et xviiie siècle » dans  le » IV centenaire du détournement de l’Adour » SSLAB, 1978, page 153)

(5) Exposé George Strullu, Pilote de l’Adour, Adala: « Anglet et les pilotes de l’Adour »

(6) (bibliothèque du génie, ms 144 4°98 feuille 1)

(7) (Histoire militaire de Bayonne. De la mort d’Henri IV à la Révolution française, Blaÿ de Gaïx, Gabriel-François de (1848-1919)

(8)  Carte de la BNF « Plan du Cour de la Rivière de la Dour depuis St. Bernard jusqu’à Basse mer de la Coste » 1730.

(9) Carte de la BNF « Plan du Cour de la Rivière de la Dour depuis St. Bernard jusqu’à Basse mer de la Coste » 1731.

(10) Carte de Chaveneau: « Plan de la Barre de Bayonne » Octobre 1740,  Archives médiathèque Bayonne, C127 FR.

(11) Cartes de l’embouchure de l’Adour, C1336, Fond Jaupard, Médiathèque de Bayonne

(12) L’Abbé Jean Joseph Expilli: « Dictionnaire géographique, historique et politique des gaules et de la France » Tome 1, 1762, Paris.)

(13) Extrait de « Vue de l’embouchure de l’Adour », GARNERAY L. (1783 – 1857) Gravure  1830, 1ED98 Médiathèque Bayonne.

(14) D’après le pilote-major Bourgeois, archive P&C Pau 4S 217.

(15) Carte extraite du site Gallica de la BNF: Plan du cours de la rivière à l’Adour depuis Mousserolle jusqu’à la mer et d’une partie de celle de Nive« , Le Chevalier Isle, major de vaisseau. 1788

(16) F. Morel « Bayonne, vues historiques et descriptives« , Bayonne, Juin 1836.

(17) 4S 171, P&C de Bayonne, Port et transport maritimes, AD de Pau.

(18) Louis Colas, dessinateur: « Carte du cours de l’ Adour depuis Bayonne jusqu ‘à la mer » 1805. Médiathèque de Bayonne, C1343 FR.

(19) Napoléon à Bayonne : d’après les contemporains et des documents inédits / par E. Ducéré 1897.

(20) Les journées de Napoléon à Bayonne: par E. Ducéré 1908.

(21) Les corsaires bayonnais  1856, Édouard Lamaignère.

(22) P&C de Bayonne, Port et transport maritimes, « Mémoire sur la manière de rendre plus praticable le port de Bayonne » pilote Bourgeois, 4S 286, AD de Pau.

(23)  Ducéré, Édouard:« Le blocus de 1814 : d’après les contemporains et des documents inédits« 1900, BNF.

(24) Général Francis Gaudeul: « Le franchissement de l’Adour par les anglais en février 1814 » Congrès du IVe centenaire du détournement de l’Adour 1578-1978. publié en 1978.

(25) Monsieur Vionnois: « Mémoires et documents relatifs à l’art des constructions et au service de l’ingénieur » 1858, Annales des ponts et chaussées.

(26) P. Hourmat: « Histoire de Bayonne » Tome IV, La Restauration, 1814-1830″ SSLAB, 1998).

(27) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP2, article 389.

(28) Tableau de x, 1835, collection du musée basque de Bayonne.

(29)  C. B. Matenas: « Renseignements nautiques sur les côtes de France, d’Angleterre, d’Écosse, d …  » 1851.

(30)  Vicente TOFIÑO DE SAN MIGUEL et Louis ANDRÉ: » Renseignements nautiques sur les côtes de France, d’Angleterre, d’Écosse, d ... »

(31) Germond de la Vigne: « Autour de Biarritz »  1856.

(32) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP1, article 120.

(33) M. Legras: « Recueil relatif à l’hydrographie et à la navigation » 1868.

(34) « Rapports et délibérations du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques » 1871,  Conseil général des Pyrénées-Atlantiques.

(35) « Pilotes des côtes: entre la Loire et la Bidassoa » 1873, Le chasse marée, édition de l’Estran. Chapitre 19, page 323

(36) 4S 176,  « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(37) 4S 176 « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne, « Conférence au sujet de l’établissement d’un feu à l’entré du port,  AD de Pau.

(38) 4S 177,  « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(39) 4S 177,   » Réparation de la maison d’enceinte de la tour des signaux » 1826 « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(40) 4S 177,   » Reconstruction des balises hollandaises et de Blancpignon » 1831 Phillipe Vionnois « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(41) 4S 177,  « Ports et transports maritimes »  » Déplacement de la tour des signaux et du mât d’approche » 1861 P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(42) Photo « Les digues de la Barre » vers 1869; 2Fi Bayonne Port 28 NF 966, Médiathèque de Bayonne.

(43) dessin d’Henri Charles Landrin, « L’Adour, remorqueur » Archives musée basque, E2229.38.