22 Août 2018
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Culture

Pour franchir la barre, suivez nous ! épisode VI

Arrivée de l’électricité à l’embouchure de l’Adour. (1873-1936)

A partir de 1923, les pilotes abandonnent progressivement les chaloupes à la rame et s’arment de chaloupe à vapeur

Mais vue l’humidité de ce logement et l’accès difficile depuis les berges, on préfére installer ce nouvel équipement dans un bâtiment à proximité qui sert de logement au gardien des feux du port. (47 et 48)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1875, le site de la vielle balise occidentale, balise qui jouait un rôle dans le franchissement de la barre de l’Adour entre 1740 et 1805 est ruiné. Ce lieu qui se situait jadis sur la plus haute dune littorale, se situe désormais, avec l’avancée de la terre vers la mer, en pleine forêt, à 250 mètres au sud-est de la vielle tour des signaux et distante de 1 000 mètres du rivage angloy. Les moellons et les pierres de taille qui constituaient ses fondations sont vendues aux enchères par les domaines ! (36)

 

Extrait du cadastre napoléonien de 1831

La tour des signaux (ancienne) et la balise occidentale sont indiqués sur ce cadastre Napoléonien de 1831. (Archives départementaux)


 

C’est en 1887, soit 12 ans après le télégraphe, qu’une communication téléphonique est installée entre la tour des signaux et le bureau des officiers du port pour permettre à ces derniers d’être directement informés sur les mouvements des navires. (49) La même année commence les travaux d’une maison d’habitation pour le pilote major à proximité de la tour afin que ce dernier puisse être en mesure d’assurer le plus rapidement possible le franchissement de la Barre. (50) Il fera exception au règlement des pilotes de l’Adour qui ont obligation d’habiter le village de Boucau.

 

 

En 1904, des nouveaux feux de sortie sont placés sur la tour de pilotage : un blanc pour autoriser les sorties et un rouge pour dire que le franchissement de la barre est suspendu momentanément. L’absence de feu signifie que la sortie n’est pas possible.

 

 

En 1908, le téléphone est enfin relié entre la tour de guidage et le bureau des postes à Bayonne permettant une meilleure communication avec l’équipage du remorqueur présent à Boucau. Ainsi, il n’y a plus besoin de faire les signaux en amont du fleuve, notamment avec la tour du Boucau. (51)

 

 

En 1916, apparaît un nouvel étage sur le soubassement de la tour. Est-ce pour mieux observer l’embouchure à l’abris des intempéries par temps de guerre ou bien, est-ce la place qui fait défaut aux pilotes ?

 

tour 14-18

La tour des signaux vue depuis les berges, avec, au premier étage, la création d’un poste d’observation couvert sur la partie ouest. A droite, un navire armé sort de l’embouchure.

 


 

A partir de 1923, les pilotes abandonnent progressivement les chaloupes à la rame et s’arment de chaloupe à vapeur : c’est une révolution pour les lamaneurs qui avaient pour habitude de mouiller la chemise face à la rudesse de l’épreuve ! C’est ainsi que cette main d’oeuvre va perdre en intérêt. (53)

 

 

Vers 1924, l’étage en forme de dodécagone est terminée. Une Chambre de veille pour le pilote de garde a été créée. (50)

tour des signaux en 1928

Le premier étage de la tour vu depuis l’estuaire. L’architecture tente de garder une harmonie avec la forme hexagonale du rez-de-chaussée. (Carte postale écrite en 1928)

 

 

En 1928, les pilotes abandonnent totalement les bateaux à rame au bénéfice d’un bateau pilote à vapeur. A la même occasion, le pilote-major devient le chef du pilotage. (57)

 

 

Le 1er février 1929 et après de longues années de concertation entre les différents corps de métier qui travaillent sur l’entrée du port, une modification de la signalisation de nuit de l’embouchure de l’Adour est apportée. Fini, le feu du port blanc qui brille quand l’entrée de l’Adour est praticable. Désormais, voici les signaux que l’on apercevra depuis le large : quand l’entrée est interdite, feu rouge continu. Quand l’entrée est autorisée, nombre d’éclat rouge correspond au nombre de mètre d’eau au-dessus de la barre. Les éclats verts donnent des quarts de mètre. Intervalle entre chaque signal est marqué par un feu blanc continu. Les deux feux verts de signalisation donnent toujours l’alignement de direction. Pour les navires voulant quitter le port: la sortie est interdite si le feu est vert continue, quand la sortie est autorisée, les signaux sont les mêmes que pour entrer. (52) Tous les signaux deviennent électriques!

 

 

Mais le 23 Octobre 1930, un accord international vient unifier tous les signaux de balisage et d’éclairage des côtes du monde ! La nouvelle règle est la suivante :

 

 

  • 3 sphères superposées de jour ou 3 feux rouges superposés de nuit : interdiction absolue d’entrée.
  • Un cône pointe en haut entre deux sphères ou un feu blanc entre deux feux rouges : interdiction d’entrée. Un cône en haut entre deux cône pointe en bas ou un feu blanc placé entre deux feux verts interdisent la sortie.
  • Un cône pointe en haut et un cône pointe en bas superposés à une sphère, un feu blanc, surmonté d’un feu vert et superposé à un feu rouge = interdiction d’entrée et de sortir ! (56)

En Avril 1933, la tour vigie du Boucau située en haut de la côte du Pittaré est démolie par les services des Ponts et Chaussées. Le progrès des télécommunications l’a rendue obsolète !

 

 

Le 29 Mars 1934, les pilotes de l’Adour se réorganise en Syndicat professionnel des Pilotes. Désormais, on dénombre plus que 10 pilotes sous les ordres d’un chef de pilotage qui s’unissent pour acheter le premier bateau pilote : le « Marie Rose ». (5) Les navires de commerce qui franchissent la Barre ont généralement un tonnage supérieur à 150 Tonneaux et font appel systématiquement à un pilote de l’Adour. 1934 marque aussi la fin des stations de pilotage de Biarritz et de St Jean de Luz qui permettaient de faire jadis une liaison maritime visuelle entre les ports deux ports.

semaphore btz

Le bâtiment du sémaphore de Biarritz avec sur la gauche, l’ancienne tour de l’Atalaye et au milieu, le mât des signaux relayant l’état de la Barre de l’Adour entre St Jean de Luz et Bayonne début 1900.

 

Le 2 Mai 1936, un poste radioélectrique est installé au premier étage de la tour des signaux. Les pilotes peuvent communiquer avec les navires croisant jusqu’à 20 km au large, échanger sur les calaisons, les replis en cas de tempêtes, les urgences. Un contact se fait aussi avec le remorqueur et le bateau pilote qui sont aussi équipés de cet appareil pour améliorer le franchissement de la Barre. C’est un énorme progrès qui chamboule l’importance d’une partie des signaux. Après l’abandon de la tour vigie du Boucau, c’est maintenant l’utilité du mât d’approche qui est mis en cause.

 

 

Prochain épisode : Après la deuxième guerre mondiale, voici le temps des télécommunications!

Episode précédent: Déplacement de l’ensemble des signaux à l’embouchure de l’Adour.

L’équipe SoSLa

Bibliographie

(1) Gravure en aquatinte « Bayonne, vue de l’embouchure de l’Adour » de Paul Legrand, 1830.

(2) Maugier : « Les embouchures de l’Adour à Bayonne en 1578 » peinture produite en 1598, Archives Médiathèque de Bayonne, C124

(3) Peinture du « Plan de l’Adour depuis Dax et autres jusqu’au Boucau » fin 16 ème/ début 17 ème siècle, Archives Médiathèque de Bayonne.

(4) F. Jaupart: « L’embouchure de l’Adour et ses variation après le détournement, aux xviie et xviiie siècle » dans  le » IV centenaire du détournement de l’Adour » SSLAB, 1978, page 153)

(5) Exposé George Strullu, Pilote de l’Adour, Adala: « Anglet et les pilotes de l’Adour »

(6) (bibliothèque du génie, ms 144 4°98 feuille 1)

(7) (Histoire militaire de Bayonne. De la mort d’Henri IV à la Révolution française, Blaÿ de Gaïx, Gabriel-François de (1848-1919)

(8)  Carte de la BNF « Plan du Cour de la Rivière de la Dour depuis St. Bernard jusqu’à Basse mer de la Coste » 1730.

(9) Carte de la BNF « Plan du Cour de la Rivière de la Dour depuis St. Bernard jusqu’à Basse mer de la Coste » 1731.

(10) Carte de Chaveneau: « Plan de la Barre de Bayonne » Octobre 1740,  Archives médiathèque Bayonne, C127 FR.

(11) Cartes de l’embouchure de l’Adour, C1336, Fond Jaupard, Médiathèque de Bayonne

(12) L’Abbé Jean Joseph Expilli: « Dictionnaire géographique, historique et politique des gaules et de la France » Tome 1, 1762, Paris.)

(13) Extrait de « Vue de l’embouchure de l’Adour », GARNERAY L. (1783 – 1857) Gravure  1830, 1ED98 Médiathèque Bayonne.

(14) D’après le pilote-major Bourgeois, archive P&C Pau 4S 217.

(15) Carte extraite du site Gallica de la BNF: Plan du cours de la rivière à l’Adour depuis Mousserolle jusqu’à la mer et d’une partie de celle de Nive« , Le Chevalier Isle, major de vaisseau. 1788

(16) F. Morel « Bayonne, vues historiques et descriptives« , Bayonne, Juin 1836.

(17) 4S 171, P&C de Bayonne, Port et transport maritimes, AD de Pau.

(18) Louis Colas, dessinateur: « Carte du cours de l’ Adour depuis Bayonne jusqu ‘à la mer » 1805. Médiathèque de Bayonne, C1343 FR.

(19) Napoléon à Bayonne : d’après les contemporains et des documents inédits / par E. Ducéré 1897.

(20) Les journées de Napoléon à Bayonne: par E. Ducéré 1908.

(21) Les corsaires bayonnais  1856, Édouard Lamaignère.

(22) P&C de Bayonne, Port et transport maritimes, « Mémoire sur la manière de rendre plus praticable le port de Bayonne » pilote Bourgeois, 4S 286, AD de Pau.

(23)  Ducéré, Édouard:« Le blocus de 1814 : d’après les contemporains et des documents inédits« 1900, BNF.

(24) Général Francis Gaudeul: « Le franchissement de l’Adour par les anglais en février 1814 » Congrès du IVe centenaire du détournement de l’Adour 1578-1978. publié en 1978.

(25) Monsieur Vionnois: « Mémoires et documents relatifs à l’art des constructions et au service de l’ingénieur » 1858, Annales des ponts et chaussées.

(26) P. Hourmat: « Histoire de Bayonne » Tome IV, La Restauration, 1814-1830″ SSLAB, 1998).

(27) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP2, article 389.

(28) Tableau de x, 1835, collection du musée basque de Bayonne.

(29)  C. B. Matenas: « Renseignements nautiques sur les côtes de France, d’Angleterre, d’Écosse, d …  » 1851.

(30)  Vicente TOFIÑO DE SAN MIGUEL et Louis ANDRÉ: » Renseignements nautiques sur les côtes de France, d’Angleterre, d’Écosse, d ... »

(31) Germond de la Vigne: « Autour de Biarritz »  1856.

(32) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP1, article 120.

(33) M. Legras: « Recueil relatif à l’hydrographie et à la navigation » 1868.

(34) « Rapports et délibérations du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques » 1871,  Conseil général des Pyrénées-Atlantiques.

(35) « Pilotes des côtes: entre la Loire et la Bidassoa » 1873, Le chasse marée, édition de l’Estran. Chapitre 19, page 323

(36) 4S 176,  « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(37) 4S 176 « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne, « Conférence au sujet de l’établissement d’un feu à l’entré du port,  AD de Pau.

(38) 4S 177,  « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(39) 4S 177,   » Réparation de la maison d’enceinte de la tour des signaux » 1826 « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(40) 4S 177,   » Reconstruction des balises hollandaises et de Blancpignon » 1831 Phillipe Vionnois « Ports et transports maritimes » P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(41) 4S 177,  « Ports et transports maritimes »  » Déplacement de la tour des signaux et du mât d’approche » 1861 P&C de Bayonne,  AD de Pau.

(42) Photo « Les digues de la Barre » vers 1869; 2Fi Bayonne Port 28 NF 966, Médiathèque de Bayonne.

(43) dessin d’Henri Charles Landrin, « L’Adour, remorqueur » Archives musée basque, E2229.38.

(44) Archives départementales de Bayonne: « Port de Bayonne: Notice » 2 ETP1/118/ D3 N149.

(45) Archives départementales de Pau, 4S 180.

(46) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP1/118.

(47) « Rapports et délibérations du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques« , Pyrénées-Atlantiques. Conseil général.  avril 1874, Gallica

(48) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP1, article 118/D3 162.

(49) « Rapports et délibérations du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques« , Pyrénées-Atlantiques. Conseil général, août 1888, Gallica.

(50) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP2, article 389.

(51) « Tableau général du commerce et de la navigation … » Volume 2, France. Direction générale des douanes, 1908.

(52) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP4/ 386.

(53) Archives départementales de Bayonne, 2 ETP4/388.